«Domestiquement considérée, cette transformation rendrait la constitution de la famille humaine plus conforme à l'esprit général de la sociocratie, en complétant la juste émancipation de la femme, ainsi devenue indépendante de l'homme, même physiquement. L'ascendant normal du sexe affectif ne serait plus contestable envers des enfants exclusivement émanés de lui.
«Mais le principal résultat consisterait à perfectionner l'institution fondamentale du mariage (Amélioration des époux sans motif sexuel) dont la théorie positive deviendrait alors irrécusable. Ainsi purifié, le lien conjugal éprouverait une amélioration aussi prononcée que quand la Monogamie y remplaça la Polygamie; car on généraliserait l'utopie du Moyen Age, où la Maternité se conciliait avec la Virginité.
«Appréciée civiquement, cette institution permet seule de régler la plus importante des productions, qui ne saurait devenir assez systématisable, tant qu'elle s'accomplira dans le délire et sans responsabilité.
«Réservée à ses meilleurs organes, cette fonction perfectionnerait la race humaine en déterminant mieux la transmission des améliorations dues à l'ensemble des influences extérieures tant sociales que personnelles..... La procréation systématique devant demeurer plus ou moins concentrée chez les meilleurs types, la comparaison des deux cas susciterait, outre de précieuses lumières, une importante institution qui procurerait à la Sociocratie le principal avantage de la Théocratie. Car le développement du nouveau mode ferait bientôt surgir une caste sans hérédité, mieux adaptée que la population vulgaire au recrutement des chefs spirituels et même temporels, dont l'autorité reposerait alors sur une origine vraiment supérieure qui ne fuirait pas l'examen.
«L'ensemble de ces indications suffit pour faire apprécier l'utopie de la Vierge-Mère, destinée à procurer au Positivisme un résumé synthétique, équivalant à celui que l'institution de l'Eucharistie fournit au Catholicisme (p. 278 et 279).»
Il est fort à craindre, hélas! que les disciples du grand homme, quelqu'ardents chercheurs d'harmonie vitale qu'ils puissent être, ne trouvent jamais le résumé synthétique du Positivisme, l'équivalent de l'Eucharistie: et ce sera grand dommage: commander des enfants comme on commande des chaussures, et les laisser pour compte aux mères qui les auraient mal réussis, eût été fort commode.
Et que feront, je vous le demande, les futurs conducteurs de l'humanité, s'ils n'obtiennent le respect et l'obéissance qu'à la condition de prouver qu'ils sont fils de vierges?
Mais ne plaisantons pas avec un aussi grave personnage que le Grand-Prêtre de l'Humanité; disons seulement en passant, que jamais on ne vit athée se montrer plus profondément chrétien que lui par le mépris de l'œuvre de chair. Écoutons-le à la page 286 de l'ouvrage précité.
«Inutile à la conservation individuelle, l'instinct sexuel ne concourt que d'une manière accessoire et même équivoque à la propagation de l'espèce. Les philosophes vraiement dégagés de toute superstition, doivent de plus en plus le regarder comme tendant surtout à troubler la destination principale du fluide vivifiant. Mais sans attendre que l'utopie féminine se trouve réalisée, on peut déterminer, sinon l'atrophie, du moins l'inertie de cette superfétation cérébrale, avec plus de facilité que ne l'indiquent les efforts insuffisants du théologisme. Outre que l'éducation positive fera partout sentir les vices d'un tel instinct, et suscitera l'espoir continu de sa désuétude, l'ensemble du régime final doit naturellement instituer à son égard, un traitement révulsif plus efficace que les austérités catholiques. Car l'essor universel de l'existence domestique et de la vie publique développera tellement les affections sympathiques, que le sentiment, l'intelligence et l'activité concourront toujours à flétrir et à réprimer le plus perturbateur des penchants égoïstes.»
Malgré tout cet essor et toutes ces flétrissures, défiez-vous, Grand-Prêtre! Croyez-moi, employez le camphre, beaucoup de camphre; mettez-en partout comme certain amphitryon mettait de la muscade.