J'ajoute enfin que je me sens liée d'une trop intime solidarité avec mon sexe, pour être jamais contente de m'en voir abstraire par un procédé illogique. Je suis femme, je m'en honore; je me réjouis que l'on fasse quelque cas de moi, non pour moi-même, qu'on l'entende bien, mais parce que cela contribue à modifier l'opinion des hommes à l'égard de mon sexe. Une femme qui se trouve heureuse de s'entendre dire: Vous êtes un homme, n'est à mes yeux qu'une sotte, une créature indigne avouant la supériorité du sexe masculin; et les hommes qui croient lui faire un compliment ne sont que d'impertinents vaniteux. Si j'acquiers quelque mérite, j'honorerai les femmes, j'en révélerai les aptitudes, je ne passerai pas plus dans l'autre sexe que M. Proudhon ne quitte le sien parce qu'il s'élève par son intelligence au dessus de la tourbe des hommes sots et ignorants; et si l'ignorance de la masse des hommes ne préjuge rien contre leur droit, l'ignorance de la masse des femmes ne préjuge rien non plus contre le leur.

Ceci dit, passons.

Vous affirmez que l'homme et la femme ne forment pas véritablement société.

Dites-nous alors ce que c'est que le mariage, ce que c'est qu'une société.

Vous affirmez que la différence de sexe met entre l'homme et la femme une séparation de même nature que celle que la différence des races met entre les animaux. Alors prouvez:

Que la race n'est pas essentiellement formée de deux sexes;

Que l'homme et la femme peuvent se reproduire séparément;

Que leur produit commun est un métis ou un mulet;

Qu'il y a entre eux des caractères dissemblables en dehors de la sexualité.

Et si vous vous tirez à votre gloire de ce magnifique tour de force, vous aurez encore à prouver: