Je dois maintenant à mes lecteurs et à vous, Monsieur, l'exposé de la thèse que j'entreprends de soutenir: car le mot Émancipation des femmes a été et est encore bien diversement interprété.

Devant le droit, l'homme et la femme sont égaux, soit qu'on admette l'égalité de facultés, soit qu'on la repousse.

Mais pour qu'une vérité soit utile, il faut qu'elle convienne au milieu dans lequel on veut l'introduire.

Le droit absolu étant reconnu, reste la pratique. Dans la pratique, je vois deux sortes de droits: la femme est mûre pour l'exercice de l'un d'eux; mais je reconnais que la pratique du second serait dangereuse actuellement par suite de l'éducation que la plupart d'entr'elles ont reçue. Vous me comprenez sans qu'il soit nécessaire que je m'explique plus clairement dans une Revue qui doit s'interdire les matières sociales et politiques.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.

Les directeurs de la Revue m'ayant prévenue que mon adversaire refusait de continuer la polémique, je résumai ainsi son Credo sur les droits et la nature de la femme dans la Revue de mars 1857:

A MM. les directeurs de la Revue philosophique et religieuse.

Messieurs,

Vous me prévenez que M. Proudhon ne veut pas répondre aux questions que je lui ai posées; je n'ai ni les moyens ni la volonté de l'y contraindre. Je ne rechercherai pas les motifs de sa détermination; je n'ai pour le moment qu'à enregistrer son Credo, qui peut se résumer ainsi:

«Je crois qu'entre l'homme et la femme il y a une séparation de même nature que celle que la différence de race met entre les animaux;