«Je crois que, par nature et par destination, la femme n'est ni associée, ni fonctionnaire, ni citoyenne;
«Je crois que, dans l'atelier social, elle n'est, jusqu'à son mariage, qu'apprentie, tout au plus sous-maîtresse;
«Je crois qu'elle est mineure dans la famille, l'art, la science, l'industrie, la philosophie, et qu'elle n'est RIEN dans la cité;
«Je crois qu'elle ne peut être que ménagère ou courtisane;
«Je crois qu'elle est incapable de se connaître et de se régir;
«Je crois fermement que la base de l'égalité des droits est dans la simple qualité d'être humain; or, la femme ne pouvant avoir des droits égaux à ceux de l'homme, j'affirme qu'elle n'appartient pas à l'espèce humaine.»
M. Proudhon sent-il combien son Credo est en opposition avec la science, avec les faits, avec la loi du progrès, avec les tendances de notre siècle, et n'ose-t-il tenter de le justifier par des preuves?
Sent-il que ce Credo le classe parmi les fauteurs du dogmatisme du moyen âge, et recule-t-il devant une telle responsabilité?
S'il en était ainsi, je le louerais de son prudent silence, et mon plus vif désir serait qu'il le gardât toujours sur la question qui nous divise. Pour traiter un sujet il faut l'aimer et le comprendre; je n'oserais dire que M. Proudhon n'aime pas la femme, mais ce que j'affirme, c'est qu'il ne la comprend pas: il ne voit en elle que la femelle de l'homme; son organisation particulière paraît le rendre impropre à l'examen d'un tel sujet. M. Proudhon, dans l'ouvrage qu'il prépare, promet de traiter la question du rôle et des droits de la femme; si sa doctrine a pour base les affirmations paradoxales de son Credo, j'espère qu'il prendra, cette fois, la peine de les appuyer au moins sur des semblants de preuves que j'examinerai avec toute l'attention dont je suis capable. M. Proudhon, reculant devant la discussion, ne peut échapper à ma critique.
Agréez, Messieurs, etc.