Jean-Jacques, non seulement le prince des femmelins, mais le plus grand ennemi du peuple et de la révolution, lui qui est évidemment le principal auteur de notre révolution française.

N'est-il pas permis de vous demander, Monsieur, si vous êtes pour ou contre la révolution.

M. Proudhon, vous avez perdu vos droits à tout ménagement, puisque vous ne ménagez pas ceux qui ne vous ont ni offensé, ni provoqué, ceux qui n'ont point prétendu vous asservir: les hommes ont manqué de courage; ils auraient dû vous arrêter lorsque vous vous engagiez sur la pente des personnalités blessantes; ce qu'ils n'ont pas fait, je le fais, moi femme, qui ne crains ni rien ni personne que ma conscience.

M. Proudhon, le plus grand ennemi du peuple, est l'écrivain qui, foulant aux pieds la raison et la conscience, la science et les faits, appelle à son aide toutes les ignorances, tous les despotismes du passé pour égarer l'esprit du peuple sur les droits de la moitié de l'espèce humaine.

M. Proudhon, le plus grand ennemi de la révolution, est celui qui la montre aux femmes comme un épouvantail; qui les détache de sa sainte cause en la confondant avec la négation de leurs droits; qui attaque et vilipende les gens de progrès; qui ose enfin, au nom des principes d'émancipation générale, proclamer l'annihilation sociale et la servitude conjugale de toute une moitié de l'humanité.

Voilà, Monsieur, l'ennemi du peuple et de la révolution.

II

J'en étais là de ma réponse lorsque, m'étant reposée pour reprendre haleine et réfléchir, je me calmai.

Ah ça! me dis-je, ai-je donc le sens commun de prendre au sérieux cette chose informe qu'honorent du nom de théorie, de braves gens que les coups de grosse caisse et de tam-tam de M. Proudhon étourdissent à tel point qu'ils en voient des étoiles en plein midi et le soleil en plein minuit? Voyons, calmons-nous; ne donnons pas à la chose plus d'importance qu'elle n'en a; et puisqu'il faut que j'expose cette chose à mes lecteurs, faisons-le du ton qui convient. Laissons M. Proudhon s'expliquer lui-même.

Aussitôt cette bonne résolution prise, j'évoquai M. Proudhon, et lui dis en toute humilité: Maître, je viens à vous pour que vous me disiez ce que c'est que la Femme et aussi un peu ce que c'est que l'homme.