M. PROUDHON. Des femmes de lettres! Est-ce qu'il y en a? «La femme auteur n'existe pas; c'est une contradiction. Le rôle de la femme dans les lettres, est le même que dans la manufacture; elle sert là où le génie n'est plus de service, comme une broche, comme une bobine. (Id. p. 360.)

«En retranchant d'un livre de femme ce qui vient d'emprunt, imitation, lieu commun et grappillage, il se réduit à quelques gentillesses; comme philosophie à rien. A la commandite des idées, la femme n'apporte rien du sien, pas plus qu'à la génération.» (Id. p. 359.)

Moi. Ah! je comprends: vous voulez dire que, comme auteur, la femme de génie n'existe pas. Mais à ce compte, sur tant d'hommes qui écrivent, combien y en a-t-il parmi eux qui aient du génie et n'empruntent rien à personne?

M. PROUDHON. Je conviens qu'il y a beaucoup de femmelins; ce qui n'empêche pas que la femme ferait mieux d'aller repasser ses collerettes, que de se mêler d'écrire; car «on peut l'affirmer sans crainte de calomnie, la femme qui s'ingère de philosopher et d'écrire, tue sa progéniture par le travail de son cerveau et ses baisers qui sentent l'homme; le plus sûr pour elle et le plus honorable est de renoncer à la famille et à la maternité; la destinée l'a marquée au front; faite seulement pour l'amour, le titre de concubine lui suffit, sinon courtisane.» (Id. p. 359.)

Considérons maintenant la femme thétique sous le point de vue moral. Nous admettrons d'abord comme principe que la vertu est en raison de la force et de l'intelligence, d'où nous sommes en droit de conclure que l'homme est plus vertueux que la femme..... Ne riez pas: cela trouble mes idées. Je vais plus loin: l'homme seul est vertueux; l'homme seul a le sens de la justice; l'homme seul a la compréhension du droit. Dites-moi, je vous prie «qui produit chez l'homme cette énergie de volonté, cette confiance en lui-même, cette franchise, cette audace, toutes ces qualités puissantes que l'on est convenu de désigner par un seul mot, le Moral? Qui lui inspire avec le sentiment de sa dignité, le dégoût du mensonge, la haine de l'injustice, et l'horreur de toute domination? Rien autre chose que la conscience de sa force et de sa raison.»

MOI. Mais alors, Maître, si l'homme est tout cela, pourquoi donc reprochez-vous aux hommes de notre époque de manquer de courage, de dignité, de justice, de raison, de bonne foi? Quand je reprends par le menu les terribles réquisitoires que vous avez fulminés contre la gent masculine, je ne comprends pas du tout le sens de la tirade que vous venez de me débiter.

M. PROUDHON. Considérez ce que vous nommez irrévérencieusement une tirade, comme le repoussoir obligé de l'immoralité féminine.

Elle n'est que pour mettre en relief cette vérité: que «la conscience de la femme est plus débile de toute la différence qui sépare son esprit du nôtre; sa moralité est d'une autre nature; ce qu'elle conçoit comme bien et mal, n'est pas identiquement le même que ce que l'homme conçoit lui-même comme bien et mal, en sorte que, relativement à nous, la femme peut être qualifiée un être immoral.

«Par sa nature (elle) est dans un état de démoralisation constante, toujours en deçà ou au delà de la justice..... La justice lui est insupportable..... Sa conscience est antijuridique.» (Id. p. 364 et 365.)

Elle est aristocrate, aime les priviléges, les distinctions; «dans toutes les révolutions qui ont la liberté et l'égalité pour objet, ce sont les femmes qui résistent le plus. Elles ont fait plus de mal à la révolution de Février que toutes les forces conjurées de la réaction virile. (Id. p. 366.)