A celles qui ont franchi ces premières études et les continuent sur planche, vous ferez voir des expériences de chimie, de physique et des machines.

Les explications que vous donnerez sur les cas particuliers, vous conduiront à parler des lois et des classifications de ces sciences, et la curiosité des élèves, l'intérêt que vous aurez excité, feront le reste. N'oubliez jamais de prendre la science à son début, d'en montrer le progrès, d'en nommer les inventeurs et ceux qui l'ont perfectionnée, augmentée; car il faut que l'élève sente et voie le progrès partout.

Profitez des belles nuits pour faire connaître à vos enfants le nom des constellations. Devant le magique spectacle d'un ciel calme et étoilé, donnez-leur vos leçons d'astronomie, la théorie de la formation des globes, et les lois de la mécanique céleste: tout naturellement cela les conduira à vous interroger sur le nôtre et ses vicissitudes; sur les créations successives de la planète, manifestes dans les couches géologiques qu'elles ont étudiées. Dites-leur la théorie des savants sur toutes ces choses, et montrez-leur les créations terrestres s'élevant du minéral à nous par une série de transformations progressives, de manière à se présenter comme nos ébauches, comme notre espèce arrêtée à divers points de son développement. Elles verront alors que nous sommes la synthèse de notre planète, et qu'il n'y a pas moins progrès dans les œuvres de la nature que dans les nôtres.

Pour compléter les études précédentes, vous aurez soin de donner à vos élèves des notions d'anatomie comparée sur squelette et sur planche et, en même temps, des notions de physiologie, terminant le tout par un cours d'hygiène. Ici, comme dans les études précédentes, vous leur ferez toucher du doigt le progrès dans la série des espèces, dans le développement individuel, et dans celui de la science que nous avons de ces choses: vous signalerez à leur reconnaissance les savants qui ont découvert et classé les faits, et élaboré les théories qui mettent en évidence les lois.

VI

L'élève sait que les classifications ne sont que des méthodes artificielles: elle a pu s'en assurer en voyant les différences qu'elles négligent, et par les variations et modifications qu'elles ont subies. Vous n'avez pas négligé les remarques à cet égard pour lui faire observer qu'elles sont le produit de nos facultés: nous observons les phénomènes concrets, lui avez-vous dit; nous les comparons et, par là, nous en constatons les ressemblances et les différences; par notre faculté d'abstraire, nous détachons les similitudes individuelles, et nous en formons une sorte d'être de raison qu'on appelle une espèce, un groupe, une famille, etc.; mais en réalité, dans la nature, il n'y a que des individus plus ou moins dissemblants ou ressemblants: les abstractions ne sont pas des choses.

Vous avez eu bien soin aussi de l'empêcher de se créer des idoles scientifiques, et de se méprendre sur la portée du langage de la science. Ainsi vous lui avez démontré que toute idée générale et abstraite n'a de réalité que dans les faits: que, par exemple, la couleur bleue n'existe pas en dehors des objets qui ont cette coloration, pas plus que la pensée en dehors des cerveaux qui pensent, et les lois en dehors des individus d'où on les a abstraites. Vous lui avez bien dit qu'une idée abstraite ou générale n'exprime qu'une qualité des choses; que lorsque l'on dit, par exemple: par la loi d'attraction, les corps tendent vers le centre de la terre, cela ne signifie pas qu'il y a, en dehors des corps, quelque chose qu'on nomme loi d'attraction, mais seulement que tous les corps ont une qualité faisant partie d'eux-mêmes, qui les fait se diriger vers le centre du globe, lequel centre a la propriété de les attirer; qu'en conséquence dire: voilà la loi de telle série, cela signifie: tous les êtres de telle série ont telle qualité active. Personnifier une abstraction, en faire un être à part pour la commodité du langage, c'est bien: mais il ne faut pas s'y laisser tromper.

Voulant faire de votre élève une créature rationnelle, vous lui avez démontré que le seul objet de notre connaissance est ce que nous pouvons observer, soit en nous soit hors de nous; que cet objet de l'observation externe ou interne, ne nous est connu que parce qu'il apparaît, c'est à dire est un phénomène ou bien une loi des phénomènes; vous lui avez fait soigneusement distinguer les phénomènes physiques, ou d'observation externe, d'avec les phénomènes intellectuels et moraux, ou d'observation interne.

A mesure que sa raison se développera, vous lui ferez découvrir à elle-même que rien de ce qui occupe notre pensée n'est simple; que tout, au contraire, est une synthèse. Pour les phénomènes physiques, rien ne lui paraîtra plus évident, puisqu'il n'y en a pas un qui ne soit une réunion de qualités; pour nos phénomènes internes, cela ne lui sera pas plus difficile, parce qu'elle ne sera pas imbue d'idées métaphysiques: en effet, en se repliant sur elle-même pour s'examiner, elle conviendra que l'idée des corps se représente comme une synthèse; que la plus simple des idées abstraites qui se rapportent à eux, se compose au moins de deux termes: ainsi elle ne peut songer à une couleur, sans songer en même temps à une portion d'étendue qui la supporte. Quant aux facultés intellectuelles et morales, elle avouera qu'elles n'existent pas hors d'une synthèse. Qu'est-ce, en effet, que l'imagination en dehors des images qui la manifestent? La mémoire sans les choses qui la remplissent? L'amour ou la haine sans un moi aimant ou haïssant, et la chose aimée ou haïe? Qu'est-ce même que ce moi sans la suite des phénomènes de mémoire qui le constituent?

Votre élève, habituée à l'analyse, à la réflexion, au raisonnement, vous dira sans doute: dans tous les phénomènes, il y a deux aspects: la fixité et la mobilité ou le devenir. Je suis bien la même personne du berceau jusqu'à la tombe, et cependant je sais bien que, pas une minute je ne suis la même; que je me modifie incessamment dans mon corps et dans mes facultés. Il me paraît en être de même, à des degrés différents, pour tout ce que je connais. Qu'est-ce que cette chose fixe qui fait l'unité individuelle des êtres, leur identité et que je ne puis saisir?