LA JEUNE FEMME. A priori, ce que vous dites là me semble vrai.

L'AUTEUR. De même, Madame, que l'on ne peut pratiquer la Justice qu'en sentant les autres en soi, l'on ne peut, croyez-le, pratiquer avec succès la Médecine, qu'en sentant ceux que l'on traite: la science n'est rien sans cette communion: il faut aimer ses semblables pour pouvoir les guérir, parce que les ressources thérapeutiques varient selon l'état individuel des sujets. Donc, de même que l'amour seul ne peut suffire, la science seule ne suffit pas, puisqu'il faut, pour guérir, que, dans sa généralité, elle s'individualise; ce qui ne peut se faire que par l'intuition, fille de la bienveillance et de la délicatesse nerveuse.

Mais laissons ce sujet qui nous conduirait trop loin, et redisons que la femme cultivée, laissée libre dans la manifestation de son génie, est destinée à transformer la Médecine comme toute chose, en y mettant son propre cachet.

Maintenant résumons-nous, Madame. Nous venons de voir que notre sexe ne peut, qu'exceptionnellement, trouver dans l'emploi de son activité les moyens de suffire à ses besoins, c'est à dire les moyens de rester moral. Que, traité comme serf, on lui interdit non seulement plusieurs carrières, mais encore que, lorsqu'il se rencontre en concurrence avec l'autre, il est généralement moins bien rétribué que ce dernier. De telle sorte que la femme, réputée plus faible, est obligée de travailler plus fort, pour ne pas gagner davantage.

Que pensez-vous de notre raison et de notre équité?

III
CHASTETÉ DE LA FEMME.

L'AUTEUR. Notre idéal du Droit étant la Liberté dans l'Égalité suppose l'unité de loi Morale et une égale protection pour tous.

LA JEUNE FEMME. En effet, dans une société, il ne peut pas plus y avoir deux Morales que deux sortes de Droits fondamentaux, quand l'Égalité est à la base.

L'AUTEUR. Nos mœurs et notre législation n'ont pas votre brutale logique, Madame.

Il y a deux Morales: une peu exigeante, facile; c'est celle de l'homme. L'autre sévère, difficile; c'est celle de la femme. La Société rationnelle..... comme elle l'est toujours, a chargé du lourd fardeau les épaules de l'être réputé faible, inconsistant, et a placé le fardeau léger sur celles du fort, sans doute parce qu'il est réputé le sage, le courageux: n'est-ce pas équitable?