—Je le jugerais comme l'autre et ne le traiterais pas mieux.
—Bien encore. Ainsi donc tu respecteras toutes les femmes mariées comme tu veux qu'on respecte ta mère et ta femme; et si tu en rencontres quelqu'une pour laquelle tu te sentes de l'inclination, quelqu'autre assez déloyale pour chercher à te plaire, tu les fuiras: car le seul remède contre la passion, c'est la fuite.
Une multitude de femmes, d'abord innocentes, ont été détournées de la droite voie par des hommes qui ne pensent pas comme toi. Aujourd'hui elles se vengent sur ton sexe du mal qu'il leur a fait. Elles corrompent et ruinent les hommes qui, dans leur compagnie, perdent le sens moral, apprennent à rire de ce que tu crois et vénères, compromettent et perdent leur santé. Te sens-tu le triste courage de t'exposer à de semblables risques?
Le jeune homme, exercé dès l'enfance à soumettre ses penchants à la Raison et à la Justice, répondra:
—Non, ma mère, je ne ferai pas ce que je ne voudrais pas qu'eût fait ma compagne; je ne veux ni me dégrader moralement, ni perdre ma santé, ni contribuer pour ma part à perpétuer un état de choses qui dégrade le sexe auquel appartiennent ma femme, ma mère, ma sœur et mes filles, si j'ai le bonheur d'en avoir.
Je t'avoue très sincèrement que je prévois en moi une lutte violente; mais grâce à la gymnastique morale à laquelle tu m'as habitué, grâce à l'idéal de destinée que tu m'as donné, que j'ai accepté dans la plénitude de ma Raison et qui me trace mon Devoir, je ne désespère pas de me vaincre.
—Cette victoire te sera moins difficile à obtenir, si tu t'occupes utilement et sérieusement: car alors tu appelleras la vitalité dans les régions supérieures du cerveau. Tu feras sagement d'ajouter à cela beaucoup d'exercice physique; de t'abstenir d'une nourriture trop substantielle, et surtout de boissons excitantes: tu connais les réactions du physique sur le moral. Évite avec soin les lectures licencieuses, les conversations déplacées; donne place dans ton esprit à la vierge qui doit s'unir à toi: pense et agis comme si tu étais en sa présence, cela te gardera et te purifiera. Ce doux idéal te rendra fort contre la tentation, et contribuera beaucoup à te rendre froid auprès des femmes à qui tu ne dois donner aucune place dans ton cœur.
L'amour, mon enfant, est une chose fort grave par ses conséquences; car les êtres qu'il unit se modifient l'un par l'autre: il laisse des traces, quelque peu de durée qu'il ait eue.
Son but, c'est le Mariage dont une des fins est la continuité de l'espèce. Or tu connais les effets de la solidarité du sang; il est donc très important que tu ne choisisses pour compagne, qu'une femme dont le caractère, les mœurs, les principes soient d'accord avec les tiens; non seulement pour ton bonheur propre, mais pour l'organisation même de tes enfants, l'unité de leur nature et de leur conduite.
Si la passion ne te laisse pas suffisamment libre, viens à moi: j'y verrai à ta place, et si je te dis: mon fils, cette femme t'abaissera, te fera commettre des fautes; de son fait, tes enfants auront telles mauvaises inclinations; elle n'est pas douée pour les élever en vue de ton idéal qu'elle n'acceptera jamais, parce qu'elle est vaine et égoïste; si je te dis cela, je sais, mon fils, que, quelle que soit ta souffrance, tu renonceras à une femme que tu n'aimerais plus au bout de quelques mois d'union, et que tu préféreras une douleur passagère à une vie de malheur.