Concluez maintenant.
LA JEUNE FEMME. De ces principes il résulte que, dans le Mariage, l'homme et la femme doivent demeurer libres, égaux; que la Société n'a le droit d'intervenir dans leur association que pour les égaliser; qu'elle n'a pas le droit de leur prescrire des devoirs qui ne relèvent que de l'amour ni, conséquemment, d'en punir la violation, qu'elle ne peut, en principe, prononcer ou refuser le divorce, parce, qu'aux époux seuls il appartient de savoir, s'il n'est pas utile pour leur bonheur et leur progrès de se séparer l'un de l'autre.
L'AUTEUR. Bien conclu, Madame; mais si la Société n'a de droit ni sur le corps ni sur l'âme des époux, en tant qu'époux; si elle ne peut, sans abus de pouvoir, s'immiscer dans aucun de leurs rapports intimes, elle a le droit et le devoir d'intervenir dans le Mariage au point de vue des intérêts et au point de vue des enfants.
LA JEUNE FEMME. En effet dans l'union des sexes, il n'y a pas seulement association de deux personnes libres et égales, il y a encore association de capital et de travail; puis, des époux, proviennent des enfants, à l'éducation, à la profession, à la subsistance desquels il faut pourvoir.
L'AUTEUR. Or, la protection générale des intérêts et des jeunes générations incombe de droit à la Société. Aux yeux de la loi, les époux ne doivent être considérés que comme des associés, s'obligeant à employer tel apport et leur travail à telle ou telle chose définie. La Société n'enregistre qu'un contrat d'intérêt dont elle garantit l'exécution, comme celle de tout autre contrat, et dont elle publie la rupture, s'il y a lieu, par la volonté des conjoints: D'autre part, c'est une question de vie et de mort pour la Société que l'éducation des jeunes générations. Les enfants, étant des êtres libres en développement et devant, d'après la direction qu'ils auront reçue, nuire ou être utiles à leurs concitoyens, la Société a le droit de veiller sur eux, d'assurer leur existence matérielle, leur avenir moral, de fixer l'âge du Mariage, de confier les enfants, en cas de séparation, à l'époux le plus digne et, s'ils sont indignes tous deux, de les leur enlever.
LA JEUNE FEMME. Vous allez peut-être un peu loin, Madame; d'une part, les enfants n'appartiennent-ils pas à leurs parents? De l'autre, la société ne peut-elle se tromper sur les meilleurs principes à leur donner?
L'AUTEUR.. Les enfants n'appartiennent pas à leurs parents, Madame, parce qu'ils ne sont pas des CHOSES: A ceux qui s'obstineraient à croire qu'ils sont une propriété nous dirions: la Société a le droit d'exproprier pour cause d'utilité publique. Ensuite le droit social sur les enfants se borne, en fait de principes, à ceux de la Morale: La Société n'a pas de droit sur les croyances religieuses qui sont du domaine du for intérieur. Un pouvoir qui enlèverait des enfants à leurs parents parce qu'ils n'ont pas telle foi religieuse, ferait du despotisme et mériterait l'exécration universelle. Que vous disiez: la Société n'a pas le droit d'imposer un dogme aux enfants, vous serez dans le vrai; mais je ne concevrais pas que vous eussiez la pensée de lui interdire le droit de leur enseigner, même contre la volonté des parents, la science qui éclaire, la morale qui purifie: Est-ce que le devoir de la Société n'est pas de faire progresser ses membres, et quelqu'un peut-il avoir le droit de tenir une créature humaine dans l'ignorance et le mal?
LA JEUNE FEMME. Vous avez raison, Madame, et je passe condamnation. Revenons au Mariage. Je vois avec plaisir que vous vous éloignez de l'opinion de plusieurs novateurs modernes qui nient la légitimité de l'intervention sociale dans l'union des sexes.
L'AUTEUR. Si cette union restait sans garantie, qui en souffrirait? Ce ne sont pas les hommes, mais bien les femmes et les enfants.
Personne ne peut obliger un homme à demeurer avec une femme qu'il n'aime plus; mais il faut qu'il soit contraint à remplir ses devoirs à l'égard des enfants nés de son union, à tenir ses engagements d'intérêts: en faisant tort à sa compagne, en échappant aux charges de la paternité, il userait de sa liberté pour nuire à autrui: la société a le droit de ne le pas souffrir.