Et c'est un murmure continu, un concert de petits cris joyeux. Qu'ils sont heureux de vivre!... Oiselets d'un jour, ils ont le présent harmonieux et ensoleillé; et l'avenir!... l'avenir! Quand les plumes dorées auront poussé, quand les ailes diaprées se déploieront avec la vigueur de la jeunesse! l'avenir ne se prépare-t-il pas pour eux plus doux que le nid, plus vermeil qu'un reflet de crépuscule dans le ruisseau limpide?
Les petits serins ont crû. Ils ont atteint la taille ordinaire des oiseaux de leur espèce; mais l'un d'eux surtout est un prodige, l'orgueil de la famille, la gloire de la nichée.
Quand sa voix vibrante et modulée éveille les échos matinals, plus d'une jeune serine sent palpiter son coeur d'oiseau, et joint une note émue à ses trilles éclatants.
Les êtres ailés, moins méticuleux que les hommes, reconnaissent sans formalité et acceptent sans élections, le souverain que Dieu semble leur désigner dans celui d'entre eux qu'il dote de plus de charmes. Ceux du vieux chêne avaient voué un culte d'admiration et d'hommage à leur superbe compagnon.
Mais lui, indifférent à ses honneurs et à son prestige, ne formait dans sa tête altière que des projets aventureux de fuite et de voyages.
Un jour—aussi puissant que beau—il s'élança d'un seul trait, de la cime du grand arbre au sommet de la montagne lointaine. Puis, intrépide, il alla se percher sur une branche morte accrochée au milieu de la cascade fougueuse. De là il envoya au ciel sa chanson triomphale.
Ses parents effrayés avaient essayé de le suivre, mais tristement ils étaient revenus au chêne, l'épier de loin, le coeur serré par un funeste pressentiment.
D'un vol aussi rapide le téméraire enfant était revenu; toute la tribu en émoi l'attendait anxieuse.
Au lieu de regagner le nid paternel où ses petites soeurs attendries l'appelaient de toutes leurs clameurs, le jeune héros, comme pour lui faire hommage de ses premiers lauriers, alla droit chez sa voisine, la plus jolie serine du monde, secouer ses ailes étincelantes des gouttelettes diamantées de la source, et roucouler la plus suave, la plus délicieuse, la plus enchanteresse des mélodies que Dieu ait enseignées à ses créatures.
Les humains qui l'entendirent crurent que les accords d'une musique mystérieuse, s'échappant des sphères célestes, étaient parvenus à leur oreille privilégiée.