Les échos émerveillés la répétèrent avec enthousiasme. Tout le vieux chêne tressaillit, et un concert de louanges s'en éleva comme une fusée vibrante et prolongée.
Ces joyeux accents avaient ragaillardi toute la peuplade. Chacun, sous la feuille qui l'abrite, s'endormit paisible, rêvant de douces choses. Seule, la belle serine avait compris le mot d'adieu caché sous la chanson Brillante.
Tristement sa petite tête veloutée s'enfonça sous le duvet de l'aile maternelle. Qui dira combien d'étoiles s'étaient allumées au firmament, combien de soupirs avait poussés la brise à travers les feuilles frémissantes avant que le repos vint clore sa paupière!
Le lendemain—toutes les fêtes ont un lendemain—les premiers reflets de l'aurore avaient effleuré la cime de l'arbre séculaire, le roi du jour, disant adieu à d'autres peuples, apparaissait, s'élevait majestueux de son bain de flammes. Toute la nature chantait l'hymne matinale à sa manière, et le vieux chêne était muet—muet, mais plein de consternation, d'agitation et d'effroi.—L'idole, le serin adoré, le beau charmeur des bois s'était envolé, laissant l'angoisse au nid, le deuil à la voisine éplorée.
Elle, puisant une énergie désespérée dans l'agonie de son coeur, étendit toutes grandes ses ailes frêles et timides, et disparut. La belle idolâtre, n'écoutant que son amour, volait sur la trace du cher infidèle.
Trois longs jours de recherches et de souffrances s'étaient éternisés pour l'infortunée voyageuse. L'ouragan avait soufflé, la tempête avait mugi.
Le matin du quatrième jour les arbres, courbés par la tourmente redressaient leurs panaches ruisselants. Le soleil revenait sécher les pleurs de la nature qui souriait à travers ses larmes en revoyant son radieux époux...
La pauvre serine épuisée, affaissée sur une branche, buvait languissamment des gouttes de pluie qui tremblaient sur une feuille de peuplier...
Soudain, elle se redresse et bondit. Elle a entendu... Oui, ce ne peut. être que lui!... Un petit cri bien faible, presque imperceptible; mais pourquoi son coeur s'est-il arrêté à cette voix, pourquoi bat-il maintenant à se briser! Elle attend inquiète, le cou tendu, le regard intense, plein d'anxiété et d'espoir. Le cri se répète, doux, navrant, prolongé.
Rapide comme l'éclair, la serine franchit l'espace qui la sépare de son bien-aimé—oh bonheur! il était là, elle le retrouvait! Mais non. L'espérance un moment ravivée allait s'éteindre à jamais. Hélas! le roi du vieux chêne est blessé. Son aile rompue palpite de douleur. Une fièvre brûlante l'agite et le consume. Il souffre. Il se meurt. Ah! pourtant il ne peut périr, puisque le dévouement et l'amour subsistent encore pour lui en un coeur féminin!