La jolie serine se fait soeur de charité. Multipliant les soins au bien-aimé malade, elle vole au torrent, en rapporte dans son bec trois gouttes fraîches pour les couler sur la blessure. Elle remet doucement le membre cassé dans sa position normale, lisse de son aile de velours les plumes hérissées autour de la plaie, verse dans la gorge altérée du cher blessé une eau rafraîchissante. Elle voltige, sautille sur le gazon d'une façon embesognée, va et vient, s'oubliant elle-même, s'épuisant pour faire revivre ses amours.
A la fin l'héroïsme eut sa récompense.
Par la plus belle et la plus radieuse des matinées, le couple mille fois heureux revint au pays. Le fiancé était si rayonnant qu'on ne s'aperçut pas qu'il boitait un peu.
Il y eut noce complète au vieux chêne. De la base à la cime il retentit tout le jour de chants d'allégresse.
Le beau serin resta le roi.
L'année suivante, en cédant le sceptre à son héritier, il lui donna ce sage conseil... Au fait, que croyez-vous qu'il lui dit? De toujours rester au nid natal, prudemment abrité sous l'aile maternelle?.. Oh non!
—Mon fils, lui dit-il, quand la mousse du nid, quand la tendresse de ta mère ne suffiront plus aux aspirations de ton coeur troublé, va, mon enfant, au sein de la tempête, recueillir une précieuse blessure; le ciel alors t'enverra un messager béni qui te fera revivre deux fois!... Mon fils, un pareil trésor vaut bien une aile brisée.
LE DERNIER BIBERON
On avait dit à bébé:—C'est fini maintenant! Vous êtes trop grande. Il faut jeter cette affreuse chose au chat. Au Çat, répétait-elle, captivée par le souvenir du favori. Et c'est tout ce qu'elle retenait de ce grave syllogisme.
Or voici ce qui en était;