La question avait été agitée en famille à l'heure du couvre-feu, au moment où bébé en camisole blanche, les gros petons nus, distribuait les bonsoirs, embrassant à grand bruit sa menotte étendue, à l'adresse de chacun.
Toutes les têtes levées, fascinées par ce Jésus potelé aux boucles blondes, souriaient, lui renvoyaient les baisers; mais...... la bonne se penche, et, à demi-voix:—Faut-il le lui donner?—Ah c'est vrai! fait la maman subitement rembrunie, prise de lâcheté devant la grandeur du sacrifice, puis cédant tout-à-fait:
—Si, pour ce soir. Alors le père, sans quitter sa gazette, mais enlevant son cigare, prononce avec énergie;—Ne lui donnez pas cette horreur! je vous en prie!
à! il proteste. Ça lui est bien facile à lui.
—On ne peut pas, fut-il objecté, tout d'un coup, comme cela....
Mais lui l'interrompant:
—Je te dis que vous l'empoisonnez!
Vous l'empoisonnez! voilà bien les pères. Ces stoïciens de la théorie, ces braves d'arrière-plan qui commandent la manoeuvre d'une voix de tonnerre et s'enferment dans leur cabinet pour ne l'entendre pas exécuter.
—Eh bien! essayez, avait dit la maman avec résignation, intimidée par tant de fermeté.
Mais vous ne savez pas encore le sujet du litige.