L'article en question, l'objet des foudres paternelles, c'est une petite chose informe, d'une teinte grisâtre, brouillée, inquiétante; un lambeau de caoutchouc, déchiqueté par des dents aiguës; c'est un vestige du dernier biberon de bébé, aussi méconnaissable qu'une balle dont on retrouve le plomb fondu et mâché; une chose, enfin, peu appétissante, d'un parfum.... étrange, et à laquelle le petit monstre tient plus qu'à tout au monde.
Aussi est-on décidé à en finir. Ce matin encore, comme le papa, fier de surprendre son réveil d'oiseau, la prenait dans son nid, toute chaude, les yeux couvrant clairs et grands à la joie du matin, et allait l'embrasser avec ferveur, elle lui entra cet objet dans la bouche. Il en cracha pendant cinq minutes, très en colère, jurant... d'opérer des réformes radicales, de trancher dans le vif, bref, de faire un coup d'éclat.
Et tout ce temps la pauvre insouciante victime de demain, la mignonne rose savourait l'horrible suçon.
Après le départ de la bonne, il s'était fait un silence, gazette et livre s'étant relevés.
Au bout d'une minute pourtant, la voix du tyran se fit entendre, mais sans cet accent invincible de tout à l'heure, une voix très mitigée, où l'on sentait poindre un attendrissement.
—Ne ferais-tu pas mieux d'y aller?
—Non, ce serait pire.
Nouveau silence, puis soudain, le choc attendu; une explosion de larmes là-haut.
Il s'en suivit un tumulte, une envolée de feuillets,...
—Attends! dit le maître, tu vas tout gâter!