CHAPITRE IX.

(1804.)

Organisation de la flotte de Boulogne.--Article du Moniteur.--Les grands officiers de la Couronne.--Les dames du palais.--L'anniversaire du 14 juillet.--Beauté de l'impératrice.--Projets de divorce.--Préparatifs du couronnement.

Peu à peu les différentes flottilles construites dans nos ports venaient toutes se réunir à celle de Boulogne. Quelquefois, dans le trajet, elles essuyaient des échecs, car les vaisseaux anglais croisaient incessamment sur les côtes pour s'opposer à ces jonctions. Les camps de Boulogne, de Montreuil et de Compiègne offraient le coup d'oeil le plus imposant, et l'armée devenait de jour en jour plus nombreuse et plus redoutable.

Sans doute ces préparatifs excitèrent de l'inquiétude en Europe, de même que les discours qu'ils faisaient tenir à Paris, car on inséra dans les journaux un article qui ne produisit pas alors un grand effet, mais qu'il m'a paru assez important de conserver, parce qu'il est un récit exact de tout ce qui a été fait depuis.

Cet article parut dans le Moniteur, le 10 juillet 1804, le même jour que l'on y rendit compte de l'audience que l'empereur donna à tous les ambassadeurs, qui venaient de recevoir de nouvelles lettres de créance auprès de lui; quelques-unes étaient accompagnées de paroles flatteuses des souverains étrangers sur son avènement au trône. Voici l'article:

«De tout temps, la capitale a été le pays des on dit. Chaque jour fait naître une nouvelle que le lendemain voit démentir. Quoiqu'on ait remarqué récemment plus d'activité et une certaine direction dans les on dit dont s'amuse la crédulité des oisifs, on serait disposé à penser qu'il faut s'en remettre au temps à cet égard, et que le silence est, de toutes les réponses qu'on peut faire, la meilleure et la plus sensée. Quel est, d'ailleurs, le Français, homme de sens, qui, mettant quelque intérêt à découvrir la vérité, ne parvienne bientôt à reconnaître, dans les bruits qui se répandent, le résultat d'une malignité plus ou moins intéressée à les propager? Dans un pays où tant d'hommes savent ce qui est, et peuvent juger ce qui n'est pas, si quelqu'un croit trouver dans les on dit des sujets d'inquiétudes réelles, si la crédule confiance trompe les spéculations de son commerce ou ses intérêts intérieurs, son erreur n'est pas durable, ou bien il doit s'en prendre à son défaut de réflexion.

«Mais les étrangers, les personnes attachées aux missions diplomatiques, n'ayant ni les mêmes moyens d'arrêter leurs jugements, ni la même connaissance du pays, sont souvent abusés. Quoiqu'ils aient eu lieu d'observer, depuis longtemps, avec quelle constance les événements se jouent des bruits qui circulent, ils ne les propagent pas moins dans les pays étrangers, et leurs récits font naître sur la France les idées les plus fausses. Nous croyons, en conséquence, qu'il n'est pas hors de propos de dire dans ce journal quelques mots sur les on dit.

«On dit que l'empereur va réunir sous son gouvernement, la république italienne, la république ligurienne, la république de Lucques, le royaume d'Étrurie, les états du saint-père, et, par une suite nécessaire, Naples et la Sicile. On dit que la Suisse et la Hollande auront le même sort; on dit que le pays de Hanovre offrira à l'empereur, par sa réunion, le moyen de devenir membre du Corps germanique.

«On tire plusieurs conséquences de ces suppositions, et la première qui se présente, c'est que le pape abdiquera, et que le cardinal Fesch ou le cardinal Ruffo occupera le trône pontifical.