«Nous avons déjà dit, et nous répétons, que, si la France devait influer sur des changements relatifs au souverain pontife, ce serait plutôt pour influer d'autant sur le bonheur du saint-père, et pour accroître la considération du saint-siège et ses domaines, au lieu de les diminuer.
«Quant au royaume de Naples, les agressions de M. Acton, et son système constamment hostile, auraient autrefois donné à la France assez de motifs légitimes pour faire la guerre, qu'elle n'eût jamais entreprise avec le projet de réunir les deux Siciles à l'Empire français.
«Les républiques italienne et ligurienne, et le royaume d'Étrurie ne cesseront pas d'exister comme États indépendants, et il est assurément peu vraisemblable que l'empereur méconnaisse en même temps les devoirs attachés au pouvoir qu'il tient des comices, et la gloire personnelle qu'il a acquise en rendant deux fois à l'indépendance des États qu'il avait deux fois conquis.
«On peut se demander, à l'égard de la Suisse, qui a empêché sa réunion à la France avant l'acte de médiation? Cet acte, résultat immédiat des soins et des pensées de l'empereur, a rendu la tranquillité à ces peuples, est la garantie de leur indépendance et de leur sûreté, tant qu'eux-mêmes ne briseront point cette égide, en substituant aux éléments dont elle est formée les volontés d'un des corps constitués ou d'un des partis.
«Si la France eût voulu réunir la Hollande, la Hollande serait française comme la Belgique. Si elle est puissance indépendante, c'est que la France a senti à l'égard de ce pays, ainsi que pour la Suisse, que ces localités exigeaient une existence individuelle et une organisation particulière.
«Le Hanovre est l'objet d'une supposition qui a quelque chose de plus ridicule. La réunion de cette province serait le présent le plus funeste qu'on pût faire à la France, et il ne fallait pas de longues méditations pour s'en apercevoir. Le Hanovre deviendrait un sujet de rivalité entre le peuple français et le prince qui s'est montré l'allié et l'ami de la France dans un temps où l'Europe était conjurée contre elle.
»Le Hanovre, pour être conservé, exigerait un état militaire dont les dépenses seraient hors de toute proportion avec quelques millions qui constituent tous les revenus de ce pays. Le gouvernement, qui a sacrifié aux principes de la nécessité d'une ligne de frontières simple et continue jusqu'aux fortifications mêmes de Strasbourg et de Mayence, sur la rive droite, serait-il assez peu éclairé pour vouloir l'incorporation du Hanovre? Mais on dit qu'à cette possession est attaché l'avantage d'être membre du Corps germanique. Le titre seul d'empereur des Français répond à cette singulière idée. Le Corps germanique se compose de rois, d'électeurs, de princes, et n'admet, relativement à lui, qu'une seule dignité impériale. Ce serait, d'ailleurs, mal connaître la noble vanité de notre pays que de croire possible qu'il consentît à entrer comme élément dans un corps particulier. Si telle chose eut été compatible avec la dignité nationale, qui eût empêché la France de conserver ses droits au cercle de Bourgogne et ceux que lui donnait la possession du Palatinat? Nous le disons même, avec le sentiment d'un juste orgueil que personne ne pourra blâmer, qui a empêché la France de garder une partie des États de Bade et du territoire de la Souabe?
»Non, la France ne passera jamais le Rhin, et ses armées ne le franchiront plus, à moins qu'il ne faille garantir l'empire germanique et ses princes, qui lui inspirent tant d'intérêt par leur affection pour elle, et par leur utilité pour l'équilibre de l'Europe.
»Si ces on dit sont nés de l'oisiveté, nous y avons assez répondu.
»S'ils doivent leur origine à l'inquiète jalousie de quelques puissances habituées à crier sans cesse que la France est ambitieuse, pour masquer leur propre ambition, il est une autre réponse: Grâce aux deux coalitions successivement formées contre nous, et aux traités de Campo-Formio et de Lunéville, la France n'a, à la proximité de son territoire, aucune province qu'elle doive désirer de garder, et, si, dans les événements passés, elle a fait preuve d'une modération sans exemple dans l'histoire moderne, il en résulte pour elle cet avantage qu'elle n'aura plus désormais besoin de prendre les armes.