Lili pleura beaucoup sans doute, mais enfin elle s'endormit. Le lendemain, la vilaine femme vint la lever; elle lui fit prendre un peu de lait chaud, mais en marmotant quelque chose entre ses dents, comme si elle lui eut donné à contre-coeur!
Lili resta seule jusqu'au dîner, s'ennuyant à mourir; alors elle regretta le petit livre qui lui servoit à apprendre à lire; car, disoit-elle, ce livre est ennuyeux, mais il vaut encore mieux que rien!
Lili s'assit donc bien tristement sur son lit jusqu'à trois heures, que la femme du garde lui apporta de la soupe et du bouilli. Cette fois-ci, elle lui adressa la parole: «Vous amusez-vous bien, mademoiselle?—Non, madame.—Si vous saviez lire, travailler, je vous donnerois des livres, de l'ouvrage; mais, vous ne savez rien!—Je commence à lire couramment, et maman me fait faire des ourlets et des surjets.—Nous allons voir ça.» Là-dessus, cette femme sortit. Bientôt après elle rentra, tenant un petit livre, et deux mouchoirs à ourler, du fil, un dé, une aiguille. «Tenez, mademoiselle, voilà tout ce que je puis faire pour vous;» puis elle laissa encore Lili jusqu'à huit heures du soir. Quand elle revint, les deux mouchoirs étoient faits, et cousus très-proprement. «Ah! ah! dit la femme en les regardant, il n'est tel que de tenir les petites filles un peu ferme! C'est bien! je suis contente!… et, pour vous le prouver, vous ne coucherez pas ici ce soir….» A l'instant, on entendit ouvrir une porte que Lili n'avoit pas aperçue; et, à sa grande surprise, elle vit entrer son papa et sa maman!… Qui pourroit dépeindre ses transports à cette vue tant désirée!… Lili, fondant en larmes, courut se précipiter dans leurs bras!—Serez-vous encore désobéissante, ma fille, lui dit sa maman?—Oh! jamais, jamais, maman! mais vous aviez donc abandonné votre Lili!…—Non, ma fille; je vous aimois encore malgré vos défauts, parce que j'espérois vous voir un jour plus raisonnable. Pour vous prouver jusqu'où va ma tendresse pour vous, je vous dirai que nous avons donné de l'argent, pour vous empêcher d'aller en prison, et que vous avez été amenée chez nous. Lili regarda sa mère avec la plus grande surprise.—Vous avez peine à me croire, ma bonne amie, ajouta madame de Rosambur; venez avec moi. Aussitôt cette dame ouvrit la porte par où elle étoit entrée, et Lili reconnut parfaitement sa maison. On lui avoit mis un bandeau pour l'y amener, afin qu'elle ne s'aperçût pas qu'elle rentroit chez sa mère. Les grosses portes par où elle avoit passé n'étoient qu'un jeu, pour lui faire croire qu'elle étoit en prison. La chambre où on l'avoit mise, étant une pièce inutile, Lili ne la connoissoit point. C'est ainsi que madame de Rosambur chercha à corriger sa fille, tout en veillant sur elle, en mère tendre et raisonnable.
Lili embrassa mille fois son papa et sa maman, pour les remercier de leur extrême bonté; elle promit de ne plus jamais leur désobéir, et on assure qu'elle a tenu parole.
TROISIÈME CONVERSATION.
Madame Belmont mena un jour Mimi avec elle pour faire des visites. La petite se conduisit assez bien; mais sa maman remarqua qu'elle répondoit toujours oui, non, tout court. Rentrée à la maison, elle lui en fit des réprimandes. Mimi pleura un peu, puis enfin elle sécha ses larmes; et, selon son habitude, elle prit sa poupée, pour répéter avec elle tout ce qu'elle avoit fait de bien dans ses visites, et la gronder pour les choses auxquelles elle avoit manqué.
Venez ici, Zozo; j'ai bien des choses à vous dire. Vous avez bien fait, et mal fait. Savez-vous en quoi?—Non maman.—Eh bien! je vais vous l'apprendre. Quand nous sommes entrées chez madame L., vous avez fait la révérence; c'est bien. Vous avez répondu comme une belle fille, lorsque cette dame vous a souhaité le bonjour; vous avez eu soin de vous moucher souvent; vous avez été sage tout le temps que votre maman a été chez madame L.; vous avez remercié poliment quand cette dame vous a donné des bonbons. Tout cela est bien; mais avez-vous vu les grands yeux de maman, quand vous avez demandé à boire?—J'avois bien soif! Il falloit attendre, ou le dire à maman bien bas, bien bas; et puis, lorsque madame L. vous a voulu donner des confitures, vous avez dit à maman que vous aviez faim, par gourmandise, n'est-ce pas? Vous n'osez pas répondre! vous vous êtes tenue fort mal; cependant maman vous a frappée deux fois sur le cou! J'ai encore une chose à vous dire, Zozo; quand on éternue, on met toujours son mouchoir ou ses mains devant sa figure, et vous ne l'avez pas fait; aussi maman vous a regardée d'un air fâché; vous avez bâillé, parce que la visite de maman étoit trop longue, et c'est fort mal; c'est impoli; maman vous l'a dit cent fois; on ne bâille pas; on ne demande pas à s'en aller, comme vous avez fait. Vous mériteriez d'être en pénitence pour cela; vous n'êtes pas polie du tout;… vous savez que je vous ai déjà grondée pour la même chose. Quand on vous parle, vous répondez oui, non tout court; c'est fort mal; on doit toujours dire: Oui, monsieur; non, madame.
Je vais, en vous déshabillant, vous conter une histoire qui vous fera connoître combien il est dangereux de désobéir sans cesse à ses parens. Ecoutez-moi bien:
La petite Fanny.
Il y avoit une fois une petite fille, appelée Fanny, qui répondoit toujours, oui, non, tout court. Cependant son papa et sa maman voyoient chez eux de beaux messieurs et de belles dames bien polis. Le papa et la maman de Fanny étoient honteux d'avoir une petite fille si grossière! Fanny, lui dit un jour sa maman, si vous ne dites pas bonjour, si vous ne faites pas la révérence, si vous ne répondez pas poliment quand on vous parle, j'appelerai Croque-Mitaine.