Mimi fut bien satisfaite de l'histoire que madame Belmont venoit de lui raconter; la soirée s'étoit passée trop vite à son gré, et l'heure à laquelle elle avoit habitude de se coucher étant sonnée, sa maman la fit mettre au lit. Le lendemain, madame Belmont étant indisposée, garda sa chambre; Mimi, qui aimoit tendrement sa mère, ne voulut pas la laisser seule pour aller se promener. Il falloit bien passer son temps à quelque chose: Mimi s'entoura de chiffons, gronda sa poupée, prit et laissa vingt fois ses joujoux dans l'espace de deux heures. Ne sachant plus que faire, elle s'empara du chat, et lui mit une des cornettes de Zozo. Minet étoit si drôle avec cette coiffure, que sa petite maîtresse rit aux larmes en le regardant. Comme le jeu plaisoit à Mimi, elle voulut finir la toilette de minet, et l'habilla en dame. La petite parvint avec peine à lui mettre un collier et un fichu; mais lorsqu'elle en vint à la robe, Minet voulut s'enfuir!… Cependant Mimi avoit résolu d'en venir à son honneur. Elle prit une des pattes du chat et la fourra dans une manche avec beaucoup de peine; mais quand ce vint à l'autre, Minet miaula, jura à faire trembler, parce que Mimi lui faisoit du mal. La petite lui donna de bons soufflets! elle étoit contrariée de ne pas le trouver assez complaisant pour se prêter à ses fantaisies…. Voyant qu'il lui étoit impossible de lui faire mettre la robe de Zozo, elle la lui attacha sous le col. Minet, impatienté d'être tourmenté ainsi, profita d'un moment où il étoit libre pour se sauver sous le lit; mais la petite, l'ayant attrapé par la queue, le tira de toutes ses forces. Le chat, déjà en colère, se retourna avec vivacité, et lui égratigna la figure, les bras et les mains, puis il s'échappa malgré elle. Mimi se mit à pleurer, autant d'humeur que du mal que Minet lui avoit fait.

[Illustration: Le Chat coiffé.]

[Illustration: Le méchant petit garçon.]

Madame Belmont, qui connoissoit sa fille, se douta de l'aventure en voyant courir Minet en robe traînante, et coiffé si joliment!—Pourquoi pleures-tu, Mimi, lui demanda-t-elle?—C'est que Minet m'a égratignée!…—Cela m'étonne; il est si doux! tu lui as donc fait du mal?—Non, maman.—Tu mens, Mimi! Je l'ai seulement tiré par la queue; mais c'est que je voulois le retenir!… Au même instant, Minet parut affublé du bonnet et de la robe de Zozo. Madame Belmont ne put s'empêcher de sourire. Elle appella le chat, le débarrassa de ses chiffons, et, se trouvant mieux, elle se mit sur son séant, fit venir Mimi auprès d'elle, et lui raconta l'histoire suivante:

Histoire de Marinette.

Il y avoit une petite fille, nommée Marinette, qui, toute jeune, annonçoit un mauvais coeur en faisant du mal aux animaux. Sa maman lui disoit: Ma bonne amie, les pauvres bêtes que tu te plais à tourmenter, ont comme toi de la chair, du sang et des os. Dans le nombre, il y en a d'infiniment petites; mais ce n'est pas une raison pour qu'elles souffrent moins. Un petit chien à qui on casseroit une patte, éprouveroit les mêmes douleurs que le plus gros de son espèce. Une mouche dont on arrache les ailes se plaint à sa manière; on ne l'entend pas, parce que sa petite voix ne peut frapper l'oreille.

Que diroit-on d'un homme qui, pour s'amuser, crèveroit un oeil à un âne, couperoit la tête d'un cheval, casseroit les quatre pattes d'un chien, et feroit mille autres cruautés de cette espèce par simple passe-temps? on le fuiroit comme un monstre redoutable à l'espèce humaine, parce qu'on ne pourroit croire qu'il fût capable d'en agir ainsi avec les animaux, si son coeur n'étoit pas dur et impitoyable. Cela s'applique à toi, Marinette, continuoit la maman; que penseront ceux qui te voient sans cesse prendre des mouches pour les enfiler, leur casser les pattes, arracher leurs ailes, et leur couper la tête? Est-ce la facilité que tu as à détacher ces parties de leur corps qui te fait croire que ces petits animaux ne souffrent point? Si tu penses ainsi, ma chère, tu t'abuses; vois les précautions que l'on prend avec un petit enfant, pour ne pas lui briser les os. Si on le laissoit tomber, avant qu'il ait pris des forces, il se casseroit bras et jambes, et souffriroit des douleurs incroyables. Tout être vivant, ma chère amie, est susceptible de la même sensibilité, et c'est être barbare de se faire un jeu d'ôter la vie même à un insecte.

Ces excellentes leçons faisoient peu d'effet sur Marinette, qui s'amusoit d'un chat, d'un chien, d'un oiseau, comme elle eût fait d'un morceau de carton.

Un jour, madame de Lime, sa maman, céda à sa prière, en prenant un joli chat, à poil long, blanc comme la neige. On cherchoit à intéresser Marinette à ces petits êtres, par la vue journalière de leurs gentillesses.

D'abord l'enfant caressa beaucoup le Minet, qu'elle nomma Bibi; mais bientôt, devenant exigeante, elle lui fit faire l'exercice, et mille autres choses que Bibi n'aimoit pas du tout. Alors mademoiselle Marinette le tapoit de la bonne manière, et, si madame de Lime n'étoit pas là pour le protéger, Bibi avoit les pattes tortillées, les poils arrachés, et force soufflets: Marinette en colère ne le ménageoit pas.