Paul se moqua des remontrances et des prédictions de l'honnête homme qui lui parloit. Il continua d'être cruel envers les animaux, et finit enfin, comme cela devoit être, par être barbare avec ses semblables. Il fut même sur le point de tuer un de ses amis qui lui reprochoit ses défauts.

Etant devenu grand, Paul se fit soldat; mais qu'arriva-t-il? dans la première bataille où il se trouva, un boulet de canon lui emporta les deux jambes. On l'enleva comme mort. Les douleurs inexprimables qu'il ressentit ensuite, lui arrachèrent des cris affreux!… Lorsqu'on mit le premier appareil sur ses blessures, l'aumônier du régiment, ecclésiastique pieux et zélé, cherchoit à lui inspirer du courage et de la patience; mais les douleurs insupportables que Paul souffroit, lui rendoient ces consolations tout à fait inutiles. Quand il fut plus calme, il se souvint des cruautés qu'il avoit exercées dans sa jeunesse envers les animaux; il se rappela aussi la prédiction qui lui avoit été faite par l'ami de son père: Ah! s'écrioit-il, qu'ai-je fait! je sens à présent la grandeur de ma faute! Dieu est juste; il me punit comme je l'ai mérité….

Paul, tout estropié, vécut encore dix ans, allant de ville en ville pour recueillir quelques aumônes. Cette vie misérable n'étoit encore rien en comparaison des reproches qu'il s'adressoit à lui-même; car de tous les maux, le plus insupportable est la certitude d'avoir mérité les peines que l'on souffre.

Lorsque madame Belmont eut fini cette histoire, elle renvoya Mimi à ses joujoux. La petite fille, selon son habitude, causa bien bas, bien bas avec sa poupée. Il y a long-temps, Zozo, lui dit-elle, que je ne vous ai interrogée. Voyons un peu si vous êtes bien savante. Combien y a-t-il de jours dans l'année?

ZOZO.

Trois cent soixante-cinq.

MIMI.

Dans le mois?

ZOZO.

Trente, ou trente-un.