Pendant huit jours, Pouf ne but que de l'eau; il étoit dévoré par une fièvre ardente, qui causa sa mort. La famille étant revenue, ce bon chien rassembla toutes ses forces, pour témoigner à ses chers maîtres combien il étoit content de les revoir; ensuite il fut se coucher aux pieds de Marinette, lui fit mille caresses, et, tournant ses yeux sur elle comme pour lui dire un dernier adieu, il expira.
Marinette pleura amèrement son cher Pouf!… Cette mort singulière avoit fait une forte impression sur son esprit. Depuis ce temps, elle fut toujours bonne pour les pauvres bêtes qui se trouvèrent dans sa dépandance, et elle se reprocha souvent la conduite qu'elle avoit tenue avec eux dans ses jeunes années.
Maman, dit Mimi à madame Belmont, lorsqu'elle eut fini, est-ce que les chiens sont aussi bons que vous le dites dans cette histoire?—Mille fois davantage, ma bonne amie. On a vu souvent un chien sauver la vie à son maître, ou mourir pour lui prouver sa fidélité, soit du chagrin de l'avoir perdu, soit pour ne pas abandonner le dépôt confié à sa garde.
—Maman, les chats ne sont pas si attachés que les chiens?—Ma fille, ils le sont aussi à leur manière; mais leur attachement est moins désintéressé, moins touchant que celui du chien. Un chat est un animal utile; il a beaucoup d'instinct, et il est parfois très-aimable. Sans m'arrêter à chercher ceux d'entre les animaux qui méritent particulièrement nôtre affection, je répéterai qu'en général, il faut les traiter tous avec douceur, leur donner le nécessaire, puisqu'ils sont dans notre dépendance, et ne jamais leur faire de mal, à moins d'y être forcé par la nécessité.—Mais ceux que nous mangeons, il faut bien les tuer? Hélas! oui, il le faut! mais ce seroit une barbarie de les faire souffrir avant de leur donner la mort: celui qui les bat impitoyablement est bien coupable. Cela me rappelle une petite histoire que je vais te raconter.—Oh! tant mieux, maman, tant mieux!…
Le méchant petit Garçon.
Paul étoit un jeune homme querelleur et méchant; aussi il n'étoit aimé de personne à cause de ses mauvaises qualités. Son plus grand plaisir étoit de faire du mal à tous les animaux qu'il rencontroit: s'il voyoit un chien dans la rue, il lui jetoit une pierre, ou lui donnoit un coup de bâton; il se faisoit un jeu de faire sauter les chats par les fenêtres; quelquefois même il leur coupoit les oreilles et la queue; c'étoient pour lui des gentillesses.
Un jour il attela un chien à un chariot qu'il avoit chargé de pierres: Tu es maintenant mon cheval, lui disoit-il; et il le frappoit rudement, parce que ce petit animal ne pouvoit pas traîner ce chariot, dont la charge excédoit ses forces.
Sur ces entrefaites, Nicolas, père de Paul, arriva par hasard. Témoin de la cruauté de son fils, il le saisit par le bras, et l'attachant à une grande voiture, il lui ordonna de la traîner. Paul, incapable de remuer seulement cette lourde masse, assura son père que cela lui étoit impossible. Nicolas, sans l'écouter, prit un fouet, et lui en donna sans miséricorde. Le petit garçon jetoit les hauts cris!—Ce traitement t'amuse-t-il? lui demanda son père. Paul ne répondit que par ses pleurs.—Eh bien! ajouta Nicolas, penses-tu que ce chien que tu fais souffrir, soit moins sensible que toi à la douleur, et que les coups de fouet lui soient plus supportables qu'à toi? Tu ne dois faire du mal à aucun être vivant, si tu ne veux, à ton tour, être maltraité toi-même: souviens-toi de cela!
Paul oublia bientôt cette leçon. Quelques semaines après, une hirondelle lui tomba entre les mains; il lui arracha toutes les plumes les unes après les autres. Son père découvrit encore ce nouveau trait de cruauté. O Dieu! dit-il en soupirant; que je suis malheureux d'être le père d'un enfant qui sera peut-être un jour la honte et l'opprobre de ma maison!… Transporté de colère, il se rendit auprès de Paul, et lui dit: Méchant enfant! ne t'avois-je pas averti que toutes les fois que tu ferois du mal aux animaux, ou que tu serois cruel envers un être vivant, quel qu'il fût, je le serois de même envers toi? Tu as arraché sans pitié les plumes de ce petit oiseau, et ses cris plaintifs n'ont pas ému ton coeur de roche!… Je veux te donner une idée des douleurs excessives que tu as causées à cette innocente créature…. En même temps, Nicolas saisit le méchant Paul par les cheveux, et lui en arracha une touffe. Paul poussoit des cris lamentables; mais personne ne le plaignoit, parce qu'on connoissoit son mauvais coeur.
Un jour, que Paul avoit fait une nouvelle méchanceté, un homme de mérite, qui en fut témoin, la lui reprocha avec amertume; il lui prédit un avenir funeste: il est impossible, lui dit-il, que vous ne trouviez point quelque jour le châtiment des souffrances que vous faites endurer à ces animaux, que Dieu n'a donnés à l'homme que pour être sa joie et sa satisfaction. Si jamais vous éprouvez de grandes douleurs, souvenez-vous de ce que je vous dis aujourd'hui.