Enfin, lorsqu'elle put parler, la comtesse dit: Je vous rends grâce, mon Dieu, de m'avoir fait retrouver mon enfant! je mourrai contente, à présent que je l'ai vu! faites, Seigneur, qu'il croisse en vertu et en sagesse: rendez-le heureux et honnête homme!
Après cette courte et fervente prière, la comtesse s'adressa au charbonnier et à sa femme; elle les remercia des soins qu'ils avoient donnés à son fils, et leur fit promettre de se rendre avec leur famille au château de Sternberg, pour y passer leurs jours.
François donna sa chaumière à un pauvre fendeur de Bois, qui jusqu'alors l'avoit haï, et lui avoit fait tout le mal dont il avoit été capable. Le charbonnier suivoit cette belle maxime: Ne vous vengez jamais qu'à force de bienfaits. Un honnête homme n'a pas de plus grande satisfaction que de faire du bien à son ennemi.
François se rendit avec sa famille, au château de Sternberg, non pour y vivre dans la mollesse, mais pour se rendre utile à la reconnoissante dame, qui le traitoit avec tant de bonté. La comtesse fit élever les enfans du bonhomme avec tout le soin possible, sans cependant les sortir de leur état. Elle en fit des laboureurs instruits et aisés, selon le voeu de leur père, qui n'auroit jamais consenti à les voir changer de condition; car il avoit su résister par sagesse aux propositions brillantes du jeune Maximilien, qui vouloit faire un partage égal de sa fortune entre ses frères, et leur donner dans le monde un état honorable.
Le jeune comte n'oublia jamais les bienfaits du charbonnier; il l'aima toute sa vie avec tendresse, et remplit à son égard tous les devoirs d'un bon fils envers son père.
On apprit dans la suite que les voleurs qui avoient assassiné le vieux comte avoient péri sur un échafaud. C'étoient la plupart des enfans de bonne famille, qui, dans leur première jeunesse, avoient été paresseux, désobéissans, menteurs; ils n'avoient jamais eu de respect pour leurs parens, ni de crainte de déplaire à Dieu. Ils commencèrent à voler pour satisfaire leur gourmandise, ensuite pour jouer avec leurs camarades; enfin, étant devenus odieux à leurs pères et mères qui les voyoient se perdre tous les jours, ils s'échappèrent de la maison paternelle, et s'associèrent à des brigands.
Quand madame Belmont eut fini l'histoire de Maximilien, elle dit à Mimi qu'il étoit temps de s'aller coucher; Mimi en eut du chagrin. «Va, ma bonne, lui dit cette dame, je te promets pour demain une histoire beaucoup plus longue: c'est celle de Zozo.—Celle de Zozo, maman! Zozo a une histoire! ha! c'est bien drôle!—Oui, l'histoire de Zozo…. Avant de venir ici, ta poupée a appartenu à plusieurs petites demoiselles. Je te conterai les raisons que l'on a eues pour la donner, et comment elle est sortie de leurs mains. Tu pourras profiter de leur exemple.
Ah! je vois, c'est plutôt l'histoire des petites demoiselles que celle de Zozo.—Tu as trop d'esprit pour en juger autrement; à demain donc: j'espère que tu ne t'ennuieras pas.
Le lendemain, Mimi ne manqua pas de prier sa maman de remplir sa promesse.—L'histoire de Zozo, ma petite maman, je vous en prie!—Je le veux bien, Mimi; mais il faut lire auparavant; ensuite nous prendrons chacune notre ouvrage, et je te raconterai les aventures de Zozo.
Mimi lut parfaitement bien. Elle apporta sa petite chaise et son ouvrage; et s'étant mise à travailler, madame Belmont commença ainsi: