Après l'avoir baignée de ses larmes, et couverte de ses derniers baisers, cette malheureuse mère déchira un pan de sa robe, et elle ensevelit le corps de sa chère enfant. Ainsi finit à l'âge de neuf ans, la plus intéressante petite fille que le ciel eût jamais formée.
Pendant tout ce récit, Mimi n'avoit pu travailler, et ses larmes avoient coulé plus d'une fois. La mort de Coralie lui fit pousser des sanglots, et sa mère fut presque fâchée de lui avoir raconté cette histoire, un peu forte pour son âge; cependant comment résister au désir d'apprendre à sa fille qu'il existe des enfans qui ont pour leurs pères et mères une tendresse passionnée?… Mimi, ayant essuyé ses yeux, demanda à sa maman, si la mère de Coralie vivoit encore?—Non, ma fille: cette tendre mère mourut de douleur d'avoir perdu son enfant chérie…. Crois, ma petite, que la tendresse d'une mère surpasse encore celle de ses enfans, quelque grande qu'elle soit!… Mais laissons là un sujet si triste, et passons à la troisième maîtresse de Zozo. M. de ** ne voulant rien voir de ce qui avoit appartenu à sa fille, qu'il regrettait sincèrement, envoya sa garde-robe et ses joujoux, à une de ses nièces, qui ne demeuroit point dans la même ville.
Maria, troisième maîtresse de Zozo.
La jeune cousine de Coralie se nommoit Maria. Son père et sa mère qui connoissoient le prix de l'éducation, lui donnèrent de bonne heure les meilleurs maîtres. Elle apprit à lire sans dégoût et sans ennui, avec des caractères de l'alphabet, tracés séparément sur autant de petits morceaux de carton qu'il y a de lettres. Par ce moyen facile et ingénieux, Maria, à trois ans, lisoit très-bien, et savoit orthographier tous les mots qui sont d'un usage commun. A quatre ans, cette charmante petite savoit passablement la langue française, la mythologie, la géographie et les principaux traits de l'histoire générale. Sa modestie, sa douceur égaloient ses heureuses dispositions; elle parloit peu, et attendoit toujours qu'on l'interrogeât, sans faire parade de son savoir, quoi qu'elle eût la mémoire ornée de quantité de morceaux choisis en vers et en prose.
Malgré son goût pour l'étude, elle avoit la gaieté qui convenoit à son âge; ses réparties étoient vives, spirituelles, mais la qualité qui la faisoit le plus chérir, c'étoit son extrême sensibilité, fort au-dessus de son âge. Cette qualité du coeur qu'elle possédoit dans un degré, éminent, faisoit dire à sa mère, que sa fille seroit bien malheureuse!…
Ce fut l'éloge soutenu que M. de ** entendit faire de cette aimable enfant, qui la lui fit choisir pour lui envoyer la belle poupée de sa fille.
Le présent de M. ** fut accueilli comme il le méritoit. La poupée plut beaucoup à l'enfant, mais elle n'y toucha pas; car à peine l'eut-elle reçue, qu'elle fut attaquée d'une maladie longue et douloureuse.
Maria souffroit des douleurs aiguës; mais elle dévoroit ses larmes, pour ne pas affliger les femmes qui la servoient; et cette aimable petite créature consoloit encore sa mère: «Ne pleurez pas, ma chère maman, lui disoit-elle, j'irai prier pour vous. Dans le ciel, ma petite maman, je ne souffrirai plus.» Heureusement cette charmante petite fille revint à la vie, pour faire le bonheur de sa tendre mère, par sa douceur et sa sagesse. Afin de hâter son rétablissement, on la mena à la campagne. C'étoit au commencement de l'été. La petite n'emporta aucun joujou; sa mère vouloit qu'elle fût sans cesse dans les champs, pour respirer un air pur qui fortifiât son tempérament.
Maria, qui passa plusieurs années à la campagne, étoit trop âgée, lorsqu'elle revint à la ville pour jouer à la poupée; sa maman la donna à une riche marchande de sa connoissance, dont la fille, appelée Fortunée, n'avoit que cinq ans.
Fortunée, quatrième maîtresse de Zozo.