Bien, ma fille, je suis contente de toi; viens embrasser ta maman!
Si tu savois, Zozo, comme tu es gentille quand tu es sage, tu ne te ferois jamais gronder! et puis tu mangerois toujours de bonnes choses; je te donnerois de beaux chiffons pour récompenses, tu serois caressée de tout le monde! Est-ce que tu n'aimes pas les bonbons et les joujoux?— Pardonnez-moi, maman.—Eh bien! Zozo, il faut être bien sage, et tu en auras.
Mimi et Zozo étaient fort bien ensemble, lorsque madame Belmont appela sa fille pour l'envoyer promener avec sa bonne. Mimi courut à sa maman, et par sa précipitation, renversa sa poupée, qui entraîna avec elle la boîte aux joujoux. Jeannette n'étant pas encore prête, Mimi revint auprès de Zozo, qu'elle trouva étendue par terre, le nez sur le parquet, et les chiffons éparpillés autour d'elle. Elle releva sa poupée, et lui demanda, en colère, qui avoit renversé ses chiffons?—Ce n'est pas moi, maman.—Vous mentez, Zozo! personne n'est entré ici. Vous aurez voulu voir les fleurs d'or qui sont dans ma boîte. Il ne faut jamais mentir, mademoiselle; c'est fort mal! vous allez avoir le fouet! Jeannette, apportez-moi les verges.—Je ne le ferai plus, maman (elle pleure). Mimi, après l'avoir fouettée: Ah! ah! je vous apprendrai à mentir! fi! rien n'est si vilain que cela! Mimi en étoit là de sa réprimande, quand madame Belmont l'appela de nouveau. Après avoir rangé ses chiffons, la petite s'en alla avec Jeannette. Elle voulut bien pardonner à Zozo, et l'emmena avec elle.
Quand elles furent au Luxembourg, Mimi raconta à sa bonne les grands sujets de mécontentement que Zozo lui avoit donnés. Jeannette, qui avoit horreur du mensonge, lui raconta l'histoire suivante:
Le petit Menteur.
Il y avoit une fois un laboureur, nommé Jacques, qui étoit resté veuf avec trois enfans, Charles, âgé de six ans, Firmin, âgé de cinq ans, et Jean, âgé de quatre ans. Ces trois petits garçons n'étoient point méchans; mais Charles étoit gourmand, Firmin menteur, et Jean désobéissant; ce qui donnoit beaucoup de chagrin à leur père.
Jacques avoit dans son jardin un arbre qui donnoit des poires très-grosses et très-belles: «Je ne suis pas assez riche, dit cet homme, pour mettre d'aussi beau fruit sur ma table; il faut que je les vende. Avec cet argent, j'achèterai une veste à Charles, des bas à Firmin, et à Jean des souliers pour les dimanches; car j'espère bien avoir 12 fr. de mes poires!»
Jacques, voulant aller travailler, recommanda à ses enfans de se bien conduire, pendant que Marguerite, leur grand'mère, feroit le ménage; et surtout, de ne point toucher aux poires du bel arbre; «car, vois-tu, mon fils, dit-il à Charles, si tu en mangeois, tu n'aurois pas une belle veste neuve, ni tes frères des bas et des souliers!» Charles promit de ne point toucher aux belles poires, et son père le quitta.
Ces trois petits garçons se trouvant seuls dans le jardin, parce que la mère Marguerite étoit restée dans la maison à faire le ménage, Charles le gourmand dit à ses frères: «Voyons donc ces belles poires que notre père veut vendre pour m'acheter une veste, et à vous des bas et des souliers»; et tous les trois allèrent auprès de l'arbre. Charles, en voyant les poires, en eut envie: «J'en mangerois bien une, dit-il; elles doivent être bien sucrées! et toi, Firmin?—Oh! non, papa l'a défendu!—Bah! une seulement; il n'y paroîtra pas du tout! et toi, Jean?—Papa l'a défendu!—Que tu es bête! mange toujours; il n'en saura rien!» Et voilà Charles qui grimpe sur l'arbre, et cueille trois poires, une pour Firmin, une pour Jean, et une pour lui.
Jacques, qui se doutoit que Charles le gourmand feroit désobéir ses frères, n'avoit pas été aux champs; il s'étoit caché dans un coin du côté du bel arbre; il entendit la conversation de ses enfans, et leur vit manger ses poires. Voulant les éprouver, il les laissa s'éloigner, et fut cette fois tout de bon à la charrue.