But trust me, gentleman, I'll prove more true,
Than those that have more cunning to be strange.
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. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . therefore pardon me.
«Il est vrai, beau Montague, je me suis montrée trop passionnée, et tu pourrais penser que ma conduite a été légère: mais crois-moi, noble Roméo, tu me trouveras plus fidèle que celles qui ont plus d'art pour cacher ce qu'elles éprouvent; ainsi donc pardonne-moi.»
A ce mot: pardonne-moi! pardonne-moi d'aimer! pardonne-moi de te l'avoir laissé connaître! il y avait dans le regard de Corinne une prière si tendre! tant de respect pour son amant, tant d'orgueil de son choix, lorsqu'elle disait: Noble Roméo! beau Montague! qu'Oswald se sentit aussi fier qu'il était heureux. Il releva sa tête que l'attendrissement avait fait pencher, et se crut le roi du monde, puisqu'il régnait sur un cœur qui renfermait tous les trésors de la vie.
Corinne, en apercevant l'effet qu'elle produisait sur Oswald, s'anima de plus en plus par cette émotion du cœur qui seule produit des miracles; et quand, à l'approche du jour, Juliette croit entendre le chant de l'alouette, signal du départ de Roméo, les accents de Corinne avaient un charme surnaturel: ils peignaient l'amour, et cependant on y sentait un mystère religieux, quelques souvenirs du ciel, un présage de retour vers lui, une douleur toute céleste, telle que celle d'une âme exilée sur la terre, et que sa divine patrie va bientôt rappeler. Ah! qu'elle était heureuse, Corinne, le jour où elle représentait ainsi devant l'ami de son choix un noble rôle dans une belle tragédie! que d'années, combien de vies seraient ternes auprès d'un tel jour!
Si lord Nelvil avait pu jouer avec Corinne le rôle de Roméo, le plaisir qu'elle goûtait n'eût pas été si complet. Elle aurait désiré d'écarter les vers des plus grands poëtes, pour parler elle-même selon son cœur: peut-être même qu'un sentiment invincible de timidité eût entraîné son talent; elle n'eût pas osé regarder Oswald, de peur de se trahir; enfin, la vérité portée jusqu'à ce point aurait détruit le prestige de l'art: mais qu'il était doux de savoir là celui qu'elle aimait, quand elle éprouvait ce mouvement d'exaltation que la poésie seule peut donner! quand elle ressentait tout le charme des émotions sans en avoir le trouble ni le déchirement réel! quand les affections qu'elle exprimait n'avaient à la fois rien de personnel ni d'abstrait, et qu'elle semblait dire à lord Nelvil: «Voyez-vous comme je suis capable d'aimer!»
Il est impossible que, dans sa propre situation, on puisse être contente de soi, la passion et la timidité tour à tour entraînent ou retiennent, inspirent trop d'amertume ou trop de soumission: mais se montrer parfaite, sans qu'il y ait de l'affectation; unir le calme à la sensibilité quand trop souvent elle l'ôte; enfin, exister pour un moment dans les plus doux rêves du cœur, telle était la jouissance pure de Corinne en jouant la tragédie. Elle joignait à ce plaisir celui de tous les succès, de tous les applaudissements qu'elle obtenait, et son regard les mettait aux pieds d'Oswald, aux pieds de l'objet dont le suffrage valait à lui seul plus que la gloire. Ah! du moins un moment, Corinne sentit le bonheur; un moment elle connut, au prix de son repos, ces délices de l'âme, que jusqu'alors elle avait souhaitées vainement, et qu'elle devait regretter toujours.