«Accoutumée à de tels combats, la muse d’Albion descendit fièrement dans l’arène; elle reconnut ce champ qu’elle parcourut déjà, dans sa lutte sublime avec le fils de Méon, avec le chantre du Capitole.

«Elle vit sa rivale, jeune, tremblante; mais son tremblement était noble: l’ardeur de la victoire colorait son visage, et sa chevelure d’or flottait sur ses épaules.

«Déjà, retenant à peine sa respiration pressée dans son sein ému, elle croyait entendre la trompette, elle dévorait l’arène, elle se penchait vers le terme.

«Fière d’une telle rivale, plus fière d’elle-même, la noble anglaise mesure d’un regard la fille de Thuiskon. Oui, je m’en souviens, dit-elle, dans les forêts de chênes, près des bardes antiques, ensemble nous naquîmes.

«Mais on m’avait dit que tu n’étais plus. Pardonne, ô muse! si tu revis pour l’immortalité, pardonne-moi de ne l’apprendre qu’à cette heure... Cependant je le saurai mieux au but.

«Il est là... le vois-tu dans ce lointain? par delà le chêne vois-tu les palmes, peux-tu discerner la couronne? Tu te tais... Oh! ce fier silence, ce courage contenu, ce regard de feu fixé sur la terre... je le connais.

«Cependant... pense encore avant le dangereux signal, pense... n’est-ce pas moi qui déjà luttai contre la muse des Thermopyles, contre celle des Sept Collines?

«Elle dit: le moment décisif est venu, le héraut s’approche: O fille d’Albion! s’écria la muse de la Germanie, je t’aime, en t’admirant je t’aime... mais l’immortalité, les palmes me sont encore plus chères que toi. Saisis cette couronne, si ton génie le veut; mais qu’il me soit permis de la partager avec toi.

«Comme mon cœur bat!... Dieux immortels... si même j’arrivais plus tôt au but sublime... oh! alors tu me suivras de près... ton souffle agitera mes cheveux flottants.

«Tout à coup la trompette retentit, elles volent avec la rapidité de l’aigle, un nuage de poussière s’élève sur la vaste carrière; je les vis près du chêne, mais le nuage s’épaissit, et bientôt je les perdis de vue».