Marie pleurait toujours, mais moins amèrement. Elle s'était remise à genoux, les mains jointes; il semblait qu'elle entendit sa nourrice elle-même, et qu'elle la priât de lui pardonner les chagrins qu'elle lui avait donnés. Après que le curé l'eut exhortée encore quelque temps, elle lui dit à voix basse:

—M. le curé, je vous en prie, demandez pardon pour moi à madame d'Aubecourt, demandez pardon à Alphonse et à Lucie, dites-leur que je ferai tout ce qu'ils me diront, j'apprendrai tout ce qu'ils voudront.

—Je ne sais, mon enfant, dit le curé, s'il vous sera dorénavant permis de les voir. M. d'Aubecourt est si indigné contre vous, que votre nom seul redouble son mal, et j'ai peur que vous ne puissiez pas rentrer au château.

Cette nouvelle frappa Marie comme un coup de foudre: elle venait de s'attacher à l'idée de faire tout ce qu'il lui serait possible pour plaire à ses parents, et ils l'abandonnaient, la rejetaient. Elle jeta presque des cris de désespoir. Le curé eut beaucoup de peine à la calmer, en l'assurant qu'il travaillerait à obtenir son pardon, et que, si elle voulait l'aider par sa bonne conduite, il espérait bien réussir. Elle se laissa emmener sans résistance; il la conduisit chez lui, et la remit à sa soeur, personne de mérite, seulement un peu sévère, et dont la première intention avait été de réprimander Marie; mais quand elle la vit si malheureuse et si soumise, elle ne put songer qu'à la consoler.

Le curé retourna au château dire à madame d'Aubecourt ce qu'il avait fait; elle et Lucie furent touchées, comme il l'avait été, des sentiments de la pauvre Marie; et Alphonse, les yeux mouillés de larmes et brillants de joie, s'écria:

—Je l'avais bien dit! Il n'avait pourtant rien dit, mais il avait bien pensé que Marie ne pouvait pas être tout-à-fait coupable. Il fut convenu que, comme on ne pouvait pas songer pour le moment à faire rentrer Marie au château, elle resterait en pension chez le curé. Madame d'Aubecourt, en quittant Paris, avait vendu quelques bijoux qui lui restaient, et dont elle avait destiné le prix à servir à l'entretien de ses enfants et au sien. Ce fut sur cette petite somme qu'elle paya d'avance un quartier de la pension de Marie, car elle savait bien que ce n'était pas le moment de rien demander à M. d'Aubecourt.

Les enfants de madame d'Aubecourt se réjouirent de cet arrangement, qui n'éloignait pas Marie, et Alphonse se promettait bien d'aller lui continuer ses leçons de lecture; mais le lendemain, le curé vint leur annoncer que sa soeur avait reçu une lettre de sa supérieure, qui l'engageait à venir se réunir avec elle et quelques autres religieuses du même couvent qu'elle avait rassemblées. Il ajouta que sa soeur comptait partir sur-le-champ, et que, si on y consentait, elle emmènerait Marie, qui passerait ainsi avec elle quelque temps. Alphonse fut prêt à se révolter contre cette proposition; mais sa mère lui fit sentir la nécessité de l'accepter, et tous trois allèrent prendre congé de Marie, qui devait partir le lendemain. Elle avait été extrêmement affligée en apprenant la manière dont on disposait d'elle. Elle sentait bien mieux son attachement pour ses parents depuis qu'elle était obligée de s'en séparer; il lui semblait qu'elle ne devait plus les revoir, et elle disait en pleurant:

—On m'a fait quitter aussi ma nourrice, et elle est morte. Mais elle était devenue docile; et d'ailleurs madame Sainte-Thérèse, c'était le nom de la soeur du curé, avait quelque chose qui lui imposait beaucoup. Quand elle entendit arriver madame d'Aubecourt et ses enfants, elle commença à trembler bien fort, et si elle eût été la Marie d'autrefois, elle se serait enfuie; mais un regard de madame Sainte-Thérèse l'arrêta. Lucie, en arrivant, alla se jeter à son cou. Marie fut si touchée de cette marque d'affection, quand elle attendait de la sévérité, qu'elle embrassa Lucie de tout son cour et se mit à pleurer. Alphonse était tout triste, elle n'osait trop lui parler ni le regarder; il lui dit:

—Marie, nous sommes tous bien tristes de ce que vous nous quittez. Il n'en dit pas davantage, car il avait le cour gros, et il savait qu'un homme ne doit pas se laisser trop aller à montrer sa tristesse; mais Marie vit bien qu'il n'était pas fâché contre elle. Madame d'Aubecourt lui dit:

—Mon enfant, vous nous avez causé à tous un grand chagrin, en nous forçant à nous séparer de vous; mais j'espère que tout se réparera, et que par votre bonne conduite vous nous donnerez les moyens de vous faire revenir.