Lucie rougit et regarda son frère, n'osant regarder M. d'Aubecourt.

—Pauvre Marie! dit tendrement madame d'Aubecourt. Son ton n'était pas triste, car elle commençait à être bien sûre que Marie reviendrait.

—Nous la reverrons, nous la reverrons, dit M. d'Aubecourt. On ne poursuivit pas la conversation pour le moment; mais deux jours après, comme ils étaient tous dans le salon, madame d'Aubecourt reçut une lettre de madame Sainte-Thérèse, qui lui mandait que vers le printemps de l'année suivante elle comptait aller passer trois ou quatre mois avec son frère avant de s'établir définitivement dans l'endroit où elle était, et que, comme elle désirait que Marie édifiât le village de Guicheville, où elle avait donné mauvais exemple, elle l'y mènerait faire sa première communion. Lucie poussa un cri de joie.

—Oh! maman, dit-elle, nous la ferons ensemble.

C'était aussi l'année d'après qu'elle devait faire sa première communion. Alphonse, tout ému, regardait son grand-père.

—Oui, mais, dit-il après un instant de silence, ensuite Marie s'en ira.

—Après sa première communion, dit M. d'Aubecourt, on pourra voir.

Lucie, assise auprès de son grand-père, se laissa glisser à genoux sur le tabouret qu'il avait à ses pieds, et baissant doucement sa tête sur les mains de M. d'Aubecourt, comme elle les baisait, il y sentit couler deux larmes de joie. Alphonse tremblant ne disait rien, mais ses mains étaient fortement serrées l'une contre l'autre, et l'expression du bonheur était sur sa physionomie.

—Si c'est une aussi bonne enfant que vous deux, dit M. d'Aubecourt attendri, je serai enchanté qu'elle revienne avec nous.

—Oh! elle le sera, elle le sera, dirent les deux enfants de madame d'Aubecourt, le coeur gros de satisfaction. Ils n'en dirent pas davantage, dans la crainte d'importuner M. d'Aubecourt, qui aimait la tranquillité, et les avait accoutumés à contenir leurs mouvements; mais ils étaient bien heureux.