—Madame, dit Marie, je puis vous assurer que je n'ai pas jeté de pierre.

—Elle est apparemment venue toute seule, dit mademoiselle Raymond avec aigreur; et montrant l'endroit où elle était lorsqu'elle a reçu la pierre, elle prouve clairement qu'elle n'a pu lui venir que du jardin et d'un endroit élevé. Madame Sainte-Thérèse interroge Marie avec plus de sévérité, et Marie tremblante ne sait répondre autre chose, sinon:

—Je vous assure, Madame, que je n'ai pas jeté de pierre.

—Tout ce que je vois à cela, dit mademoiselle Raymond, c'est qu'il y a à parier que mademoiselle Marie ne fera pas sa première communion après-demain.

—Je crains beaucoup qu'elle ne s'en soit rendue indigne, répondit madame Sainte-Thérèse. Marie se met à pleurer, et mademoiselle Raymond s'en va raconter au château son aventure et dire que probablement Marie ne fera pas sa première communion. Elle rappelle le talent qu'avait Marie pour attraper à coups de pierre les chats qui passaient sous les gouttières, et elle ajoute:

—Elle en fait un bel usage!

Lucie est consternée; Alphonse, tout éperdu, court interroger Philippe, pour savoir si, quand il a fait sa commission, il s'est aperçu de quelque chose dans la maison du curé, si Marie avait l'air triste. Philippe l'assure que non, se garde bien de lui dire comment il lui a fait passer le paquet, et arrange les choses de manière à ce qu'Alphonse ne se doute de rien. Madame d'Aubecourt, inquiète, écrit à madame Sainte-Thérèse, qui lui répond qu'elle ne conçoit rien à ce qui est arrivé, mais qu'il lui paraît impossible que Marie ne soit pas bien coupable; et dans la journée du lendemain, on apprend par Gothon, qui l'a su de la servante du curé, que Marie a pleuré presque tout le jour, que madame Sainte-Thérèse la traite très-sévèrement, et la fait même jeûner le matin au pain et à l'eau. Le soir, Lucie va à confesse au curé, qui était revenu; elle voit Marie sortir du confessionnal en pleurant avec des sanglots. Madame d'Aubecourt s'approche de madame Sainte-Thérèse en lui demandant si Marie ne fera pas sa première communion le lendemain. Madame Sainte-Thérèse, d'un ton assez triste et assez sévère, lui répond:

—Je l'ignore.

Comme elles étaient dans l'église, elles ne se disent rien de plus, Marie, en passant, jette sur sa cousine un regard qui, malgré ses larmes, exprimait cependant un sentiment doux. Elle dit tout bas un mot à madame Sainte-Thérèse, qui l'emmène, et Lucie entre dans le confessionnal. Après avoir fini sa confession, elle se préparait à demander timidement au curé ce qu'elle désirait tant de savoir; mais avant qu'elle ait osé commencer sa phrase, on vint chercher le curé pour un malade, et il s'en va précipitamment sans qu'elle ait pu lui parler.

Elle passa toute la soirée et la nuit dans une anxiété inexprimable, d'autant qu'elle se reprochait toutes les pensées qu'elle dérobait à la sainte action du lendemain. Alors elle priait Dieu pour sa cousine, unissant ainsi sa dévotion à ses désirs, et l'idée du bonheur qui se préparait pour elle, aux voeux qu'elle formait pour sa chère Marie. Le matin arrivé, elle s'habilla sans parler, recueillant toutes ses pensées pour n'en pas laisser échapper une seule qui pût l'inquiéter; elle embrassa son frère, demanda à M. d'Aubecourt et à sa mère leur bénédiction, qu'ils lui donnèrent avec bien de la joie. M. d'Aubecourt dit qu'il la lui donnait pour lui et pour son fils. Tous soupirèrent de ce qu'il n'était pas présent à cette cérémonie; et après un moment de silence ils se rendirent à l'église.