—Et Gustave? demanda Aglaé plus timidement encore.

—Gustave, reprit Hortense un peu embarrassée, il n'a pas voulu y aller, parce que vous n'étiez pas priée, et l'a bien dit, afin qu'on ne crût pas qu'il était brouillé avec vous; mais il dit qu'il ne reviendra plus que le moins qu'il pourra; car, dit-il, je ne peux plus compter sur Aglaé, qui abandonne d'anciens amis pour se faire la complaisante de mademoiselle d'Armilly.

Aglaé pleurait amèrement. Hortense tâcha de la consoler; mais elle n'osait trop lui promettre que son frère pût s'apaiser, car il lui avait paru bien décidé, et Aglaé sentait mieux que jamais que l'amitié de Gustave était plus honorable que le goût de fantaisie qu'avait pris pour elle un instant mademoiselle d'Armilly. Pendant qu'Hortense et elle étaient assez tristement ensemble, Gustave arrive; il avait l'air toujours un peu sérieux, mais moins froid; Hortense et Aglaé rougissent d'étonnement et de plaisir de le voir.

—Il faut, dit-il, qu'Aglaé vienne à la promenade avec nous. J'ai demandé à mon père de nous y mener, il s'habille, il va venir. On vient de me dire, poursuivit-il d'un ton très-vif, qu'Aglaé n'oserait plus se montrer à la promenade après ce qui lui est arrivé; il faut faire voir le contraire: tout le monde doit s'y rendre en revenant du jardin de madame Dufour, il faut qu'on voie qu'elle a toujours ses... anciens amis pour la soutenir.

Il avait hésité, car il ne savait comment dire; Aglaé, extrêmement émue, se jeta dans les bras d'Hortense, comme pour remercier Gustave; mais elle était affligée de ce qu'il avait hésité, de ce qu'il n'avait parlé que d'anciens amis.

—Mon Dieu! mon Dieu! dit-elle en appuyant sa tête sur l'épaule d'Hortense, n'êtes-vous donc plus mes amis? Hortense l'embrassa, la rassura: Gustave ne dit rien; mais Aglaé, en levant un instant les yeux sur lui, vit qu'il avait l'air plus doux et moins sérieux. Madame Lacour n'était pas en ce moment dans la chambre, c'était pour cela que Gustave avait répété ce qu'on venait de lui dire; car, comme elle était encore incommodée, on lui parlait le moins qu'on pouvait de toutes ces tracasseries qui commençaient à la chagriner, et qui auraient pu d'ailleurs la fâcher sérieusement contre les personnes de sa société, avec qui M. Guimont désirait de la raccommoder. On lui demanda simplement de permettre qu'Aglaé s'allât promener avec M. Guimont et ses enfants; elle y consentit, volontiers, car elle était enchantée de la voir en si bonne compagnie. M. Guimont arriva, Hortense prit le bras de son père, et Gustave donna le sien à Aglaé. Elle tremblait un peu et n'osait lui rien dire; enfin une pierre lui ayant accroché le pied de manière qu'elle serait tombée s'il ne l'eût soutenue, il lui demanda avec tant d'intérêt si elle s'était fait mal, que cela commença à l'enhardir. Elle lui parla de ses extraits, lui dit ce qu'elle avait fait, lui demanda des conseils; ensuite elle se hasarda à lui demander:

—Est-ce que vous serez toujours fâché contre moi?

Gustave ne répondit rien. Les larmes vinrent aux yeux d'Aglaé; elle les tenait baissés; Gustave vit pourtant qu'il lui avait fait de la peine.

—Nous ne sommes pas fâchés, dit-il d'un ton un peu ému; mais ce qui nous afflige, c'est de voir que vous ayez été si prompte à oublier vos amis pour une étrangère.

Alors les larmes d'Aglaé coulèrent tout-à-fait.