—Je ne vous avais point oubliés, dit-elle à voix basse, car tout mon désir était de vous faire faire connaissance avec Léontine.

Gustave rougit et reprit un peu vivement:

—Nous n'aurions pas fait connaissance avec mademoiselle d'Armilly, ce n'est point là une société pour nous; nous ne voulons vivre qu'avec des gens qui nous traitent en égaux.

Aglaé sentit bien, par cette réponse de Gustave, combien il avait dû être humilié pour elle de l'espèce de respect avec lequel elle se tenait devant Léontine; elle y avait beaucoup réfléchi depuis deux jours, et en ce moment la fierté de Gustave l'en faisait rougir encore davantage.

—Eh bien! dit-elle après un moment de silence, que dois-je faire avec Léontine, car elle voudra peut-être me revoir, peut-être même vais-je la rencontrer à la promenade?

—Demandez-le à mon père, dit Gustave; car il était trop raisonnable pour croire qu'il pût se fier à ses propres idées. Ils se rapprochèrent de M. Guimont, et Gustave lui répéta la question d'Aglaé.

—Ma chère enfant, lui dit M. Guimont, comment vous conduiriez-vous si c'était Laurette ou mademoiselle Dufour qui vous eût fait l'impolitesse que vous a faite mademoiselle d'Armilly? vous ne vous brouilleriez pas pour cela avec elle, car c'est mettre trop d'importance à ces choses-là; mais comme il vous serait prouvé qu'elle ne tient pas beaucoup à votre société, puisqu'elle négligerait d'avoir pour vous les égards qui peuvent vous rendre la sienne agréable, vous ne vous y livreriez qu'avec beaucoup de réserve, froidement et sans rien faire qui pût lui prouver que vous avez envie d'entretenir sa connaissance. C'est de même qu'il faut vous conduire avec mademoiselle d'Armilly. Selon les usages du monde, vous n'êtes pas son égale, puisqu'elle est plus riche et de plus grande naissance que vous; ces usages ont des raisons bonnes ou mauvaises auxquelles il faut bien se soumettre: ainsi l'on doit trouver tout simple que des gens qui vivent dans une situation supérieure à la vôtre ne recherchent pas votre société, et il faut supporter sans humeur les petites distinctions qu'ils se croient en droit d'obtenir.

Mais personne n'est obligé de vivre avec des gens qui ne vous traitent pas comme il vous convient; ainsi il ne faut consentir à vivre avec une personne qui n'est pas votre égale que quand elle oublie absolument cette inégalité et vous traite comme ses autres connaissances. Gustave écoutait avec un grand plaisir ce discours de son père, en qui il avait beaucoup de confiance, et qui modérait quelquefois ses idées de fierté un peu exagérées. Aglaé le remercia, et lui promit de se conduire envers Léontine avec toute la réserve convenable.

—Ah! si vous la revoyez, dit Gustave, elle vous reprendra, et ce sera toute la même chose. Aglaé assurait que non; Gustave avait l'air de ne pas le croire.

—Aglaé ne courrait aucun risque, dit M. Guimont, si elle avait toujours avec elle une personne raisonnable, mais sa digne grand'mère ne peut toujours l'accompagner.