—Non, j'ai une lettre à écrire.
—Eh bien! maman, j'attendrai que vous ayez fini.
—Non, je veux que vous alliez vous coucher.
—Mais, maman, si vous le vouliez, en passant je porterais votre écritoire et la lampe dans votre chambre à coucher; vous y écririez bien plus commodément.
—Non, ma fille, j'écrirai plus commodément ici: ne pouvez-vous donc vous aller coucher sans moi?
Julie ne remuait pas; elle regardait d'un air interdit, et sans l'allumer, le bougeoir que sa mère lui avait ordonné de prendre. Elle semblait de temps en temps écouter avec inquiétude du côté de la porte. Sa mère ne concevait pas ce qu'il lui prenait.
—Je crois, en vérité, ma fille, dit-elle en riant, que vous avez peur de rencontrer sur votre chemin madame Croque-Mitaine.
Julie, riant aussi, quoiqu'embarrassée, avoua à sa mère qu'elle avait lu dans un livre qui était sur la table une histoire de voleurs et d'assassins qui lui avait fait une si terrible peur, qu'elle n'osait plus aller seule dans sa chambre, qui était séparée du cabinet par le salon et la chambre à coucher de sa mère.
—Nous étions convenues, Julie, que vous ne liriez rien sans ma permission, et il me semble qu'il n'aurait pas été si inutile que madame Croque-Mitaine vous apprît à ne pas désobéir.
—Maman, je n'ai pas cru faire un grand mal, parce que c'est un livre pour les jeunes personnes où vous m'aviez déjà permis de lire quelques histoires.