—J'y pourrais trouver encore beaucoup de choses, et si vous le voulez, nous en avons pour longtemps.

—Oh! non, non, maman, je vous en prie.

—Je veux bien n'en plus parler, ma fille, mais c'est à une condition, c'est que vous ne vous aviserez plus de croire que ce que disent des personnes raisonnables peut être un sujet de moquerie pour une petite fille comme vous; et que quand leur conversation vous ennuiera, au lien de prétendre que c'est parce qu'elle est ridicule, vous vous direz que c'est parce que vous n'avez pas assez d'esprit pour la comprendre, ou de raison pour en profiter. Prenez-y garde; si vous y manquez, je vous remets, pour toute nourriture, à la morale de madame Croque-Mitaine.

LES PETITS BRIGANDS

—Pierre, Jacques, Louis, Simon, écoutez donc, écoutez donc! criait Antoine à ses camarades, enfants du village de Macieux, qui jouaient au petit palet sur la pelouse devant le village. Une voiture de poste venait de passer; on avait jeté par la portière un papier renfermant des débris d'un pâté: Antoine avait couru s'en emparer; et comme il savait lire, parce qu'il était le fils du maître d'école du village, en mangeant les miettes du pâté il avait lu dans le papier, qui était le Journal de l'Empire du 2 février 1812, le paragraphe suivant:

«Berne, le 26 janvier 1812.—Un certain nombre d'écoliers des deuxième et troisième classes de notre collège, âgés de douze à quatorze ans, qui avaient lu, dans leurs heures de récréation, des histoires romanesques de brigands, s'étaient réunis, avaient nommé un capitaine et des officiers, et s'étaient donné des noms de brigands. Ils tenaient des assemblées secrètes dans lesquelles ils mangeaient et buvaient, et s'engageaient par serment à voler et à garder le secret sur toutes leurs opérations, etc.»

C'était cela qu'il voulait lire à ses camarades.

—Ah! des brigands! des brigands! dirent-ils tous à la fois après l'avoir entendu, que cela est joli! il faut nous faire brigands. Charles, veux-tu en être? crièrent-ils au neveu du curé, qui arrivait en ce moment.

—Qu'est-ce que c'est? je le veux bien, dit Charles sans savoir ce que c'était. Charles était un bon garçon, mais qui avait un grand tort, c'était de ne pas obéir à son oncle, qui lui avait défendu d'aller avec les autres petits garçons du village, presque tous très-mauvais sujets. Au lieu de se soumettre à cet ordre, il s'arrêtait, toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion, avec l'un ou avec l'autre; il leur donnait même rendez-vous aux endroits par où il devait passer quand son oncle l'envoyait quelque part. Quand il était avec eux, ils lui faisaient faire beaucoup de sottises qu'il n'aurait pas voulu faire, mais il ne savait pas leur résister. Il se fâchait bien quand il les voyait jeter des pierres dans les arbres pour abattre le fruit, marcher dans des champs de blé mûr ou gâter des plants d'asperges; il disait alors qu'il ne viendrait plus jouer, et il revenait toujours. Il dit qu'il voulait bien être brigand, parce qu'il s'imagina que c'était un jeu.