On arrêta d'abord qu'il fallait prendre des bâtons. Les petits garçons coururent à un tas de fagots et en tirèrent les plus gros cotrets. Charles eut beau dire que ces fagots appartenaient à son oncle le curé, qui les avait achetés le matin, on lui répondit que les brigands n'avaient pas peur des messieurs, et que les messieurs du monde n'avaient qu'à venir, qu'ils trouveraient à qui parler. Charles riait de toutes ces sottises; et Simon, celui pour qui il avait le plus d'amitié, parce qu'il était gai et bon enfant, quoique bien mauvais sujet, ayant choisi un bâton pour lui, il le prit. Ils se mirent tous alors à remuer leurs bâtons en levant la tête et en se donnant la figure la plus méchante qu'il leur fut possible. Ils se demandèrent après cela ce qu'ils allaient faire.
—Il faut d'abord jurer que nous sommes des brigands, dit Antoine; et puis après, ajouta-t-il en regardant comment on disait dans son journal, nous volerons tout ce que nous trouverons.
—Nous volerons! dit Charles, qui commençait à trouver ce jeu fort singulier.
—Sûrement, puisque nous sommes des brigands.
—Je ne volerai pas.
—Ah! tu voleras, tu voleras, crièrent tous les petits garçons; tu es un brigand, tu voleras.
—Je ne volerai pas.
—Qu'est-ce que cela nous fait donc? dit Simon, qui voulait toujours tout arranger; si tu ne voles pas, ce sera tant pis pour toi.
—Oui, si tu es une bête, dirent les autres, ce sera tant pis pour toi, tu ne viendras pas boire.
—Mais qu'est-ce que c'est que boire? demanda l'un de la troupe. Charles dit que c'était de s'enivrer.