—Ah! la pauvre femme! dit le paysan, vous ne la reverrez plus, mademoiselle Marie: on vous trompe, mais cela ne me regarde pas.

En disant ces mots, il donne un coup de talon à son cheval et s'en va. Marie, dans le plus grand trouble, jette ses fleurs, et va voir dans la cour si elle ne trouvera pas quelqu'un qui lui explique les paroles du paysan. Elle trouve la fille de cuisine qui tirait un seau d'eau au puits; elle lui demande si madame d'Aubecourt n'a pas envoyé la veille savoir des nouvelles de sa nourrice.

—Ah! vraiment, envoyé! dit cette fille, ce n'était pas la peine. Marie s'inquiète, la questionne; elle refuse de lui répondre.

—Mais pourquoi, dit Marie, Pierre m'a-t-il dit que je ne la verrais plus?

—Apparemment, répond la servante, qu'il a ses raisons pour cela; et elle s'en va en disant qu'il faut qu'elle fasse son ouvrage. Marie, quoiqu'il ne lui vienne pas encore dans l'idée que sa nourrice soit morte, s'inquiète pourtant, parce qu'elle voit qu'on lui cache quelque chose. Timide à questionner, elle ne sait comment elle apprendra ce qu'elle veut savoir. Elle voit une petite porte de la cour ouverte. Marie avait si longtemps couru seule dans les champs, qu'elle ne peut croire qu'il y ait un grand mal à cela; accoutumée à céder à tous ses mouvements et à ne pas réfléchir sur les suites de ses actions, tandis que la servante a le dos tourné, elle sort, déterminée à aller savoir elle-même des nouvelles de sa nourrice.

Elle marche le plus vite qu'elle peut, agitée d'inquiétude tantôt pour sa nourrice, tantôt pour elle-même. Elle sait bien qu'elle fait une faute; mais une fois qu'elle a commencé, elle continue. Elle pense à ce que dira Alphonse, qui, toujours prêt à l'excuser auprès des autres, revient ensuite la gronder, quelquefois même assez sévèrement, et à qui elle a promis, quelques jours auparavant, d'être plus docile et plus attentive à ce que lui dirait madame d'Aubecourt. Elle pense que c'est peut-être parce qu'elle ne s'est soumise à rien de ce qu'on voulait d'elle que le bon Dieu l'a punie, car Marie ne sait pas encore que ce n'est pas toujours dans ce monde que Dieu manifeste ses jugements. Cependant elle ne songe pas à revenir, elle ne saurait plus comment rentrer; et puis l'idée de revoir sa nourrice, de la consoler, lui cause un plaisir auquel elle ne peut pas renoncer. Pauvre Marie! à mesure qu'elle approche, elle s'en occupe plus vivement et avec plus de joie. Les inquiétudes qui l'avaient tourmentée se dissipent; elle se hâte, elle arrive au village, court à la porte de sa nourrice et la trouve fermée; elle pâlit, mais cependant sans oser deviner la vérité.

—Est-ce que ma nourrice est sortie? Voilà tout ce qu'elle peut demander à une voisine qu'elle voit sur sa porte et qui la regarde d'un air triste.

—Sortie pour ne plus revenir, répond la voisine. Marie, tremblante et les mains jointes, s'appuie contre le mur.

—On l'a portée en terre hier au soir, ajoute la voisine.

—En terre... hier... comment... où l'a-t-on portée?