—Où c'est, Bethléem? Près d'ici?
—Non, très loin. C'est le village où ils étaient nés, mais ils n'y demeuraient pas. Ils y allaient pour des affaires qu'ils avaient, du blé à vendre ou des boeufs à acheter, peut-être. C'était comme qui dirait un jour de grand marché ou de foire. Dans ces temps-là, on ne connaissait ni les chemins de fer, ni même les courriers, paraît. On allait à pied.
—Comme nous autres, quand nous descendons à la ville?
—Oui. Il y avait beaucoup de compagnie sur les routes, se rendant aussi à Bethléem. Joseph et Marie marchaient depuis le matin. Marie, la pauvrine, était si fatiguée que ses jambes ne voulaient plus la porter. Enfin, vers le soir, ils arrivent. Toutes les auberges étaient pleines.
—Pourquoi qu'ils n'allaient pas chez leurs parents?
—Ils n'en avaient plus, faut croire, ils devaient être morts. Que faire, alors? Ils voient la grande maison d'un homme riche. «Té», qu'ils se disent, «là il y a de la place, nous ne gênerons guère.» Ils frappent et demandent abri pour la nuit, tout juste un coin, n'importe ou pour se coucher et dormir. Mais l'homme riche leur fait réponse par ses domestiques:
—Où sont vos mulets et vos chevaux qu'on les mène à l'écurie?
—Nous n'en avons pas.
—Alors que venez-vous faire ici? Passez votre chemin! Ma maison n'est pas faite pour des mendiants comme vous.
Tout honteux, ils vont chez un hôtelier lui demander logis en payant.