—Alors, tu es malade. Où as-tu mal?

—Non, je n'ai rien, mais je tombe de sommeil.

—Ah! c'est donc ça que tu es tout chose? Eh bien, va te coucher! Garde tes châtaignes pour demain, si tu ne peux pas les manger maintenant. Ainsi, tu ne veux pas que je te conte les histoires et que je te chante les noëls, comme quand tu étais petit?

—Je suis si fatigué!

—Que les enfants changent vite, pauvres de nous autres mères! Tu les aimais tant, les histoires, autrefois! Jamais tu n'en avais assez, jamais tu ne veillais assez tard! J'étais obligée de me fâcher pour te faire coucher. Mais on a raison de dire que l'on ne tient qu'à ce que l'on ne peut pas avoir. Viens un peu par ici, là, sur cet escabeau, près du feu, à mon côté, car tu es trop grand pour te mettre sur mes genoux, maintenant. Te souviens-tu quand je te chantais:

Entre le boeuf et l'âne gris Dort, dort, dort le petit Fils?

Le petit fils, c'était un peu mon hilhot, à moi.

Entre les deux bras de Marie Dort, dort, dort le fruit de vie.

Sans manquer de respect à la Sainte Vierge, je me sentais un peu comme elle, tenant mon doux «fruit de vie», et quand j'arrivais à la fin:

Entre deux larrons sur la croix