Dort, dort, dort le Roi des rois.
Tu dormais, toi aussi, et je te portais, pesant comme une souche, dans notre lit; je t'embrassais et tu ne te réveillais pas. Mais qu'as-tu? Pourquoi tes yeux sont-ils pleins de larmes? Que jettes-tu dans le feu?
—Une peau de châtaigne; j'ai failli m'étrangler avec. Ce n'est rien. Maï, j'ai froid, je veux aller me coucher.
—Oui, oui, tu vas y aller; mais avant, mon pouricou, dis avec moi «Notre Père», puis tu iras au dodo et je te borderai encore cette fois.
—Maman, dit l'enfant lorsqu'il fut bien au chaud dans le grand lit maternel, maman, qu'est-ce qu'un larron?
—C'est celui qui prend ce qui ne lui appartient pas; c'est un voleur.
—Mais quand ce qu'on prend n'est à personne, est-ce voler?
—Tout est toujours à quelqu'un; et puis, il n'y a pas à aller chercher des histoires, c'est bien simple: prendre ce qui n'est pas à soi, c'est voler.
—Mais si on prenait l'argent des broutches, par exemple, celui qu'elles ne ramassent pas, qu'elles laissent traîner par terre, ce ne serait pas voler?
—Quelle drôle de question? L'argent des broutches est aux broutches; c'est pour elles qu'il a été jeté; le prendre, c'est voler, bien sûr, et, de plus, c'est s'exposer à leur vengeance; c'est très imprudent. Mais, pourquoi me demandes-tu cela? Tu n'y as pas touché, j'espère, à leur argent, mon Yanoulet? Non, ce n'est pas Dieu possible? Que je suis sotte et peureuse! Pardonne-moi, hilhot! Tu es incapable de voler, toi. Mais j'ai si peur que tu fasses le mal! C'était bien une peau que tu jetais au feu, tout à l'heure, dis? Oui? je n'entends pas.