—Oui.
—Mon Dieu, je n'ose pas aller voir! Dis-moi que je suis une folle, hilhot, hilhot; que c'est très mal, de soupçonner son enfant. C'est que, vois-tu, je serais trop malheureuse. Oui, bien sûr, mon hilhot est digne de mon amour, mon fils est honnête comme son père. Mais réponds-moi donc! Lève ton visage que je voie tes yeux, tes yeux francs comme l'or, qui ne m'ont jamais menti; je te croirai. N'est-ce pas qu'ils ne voudraient pas me tromper? Tu n'as rien pris?
—Non, non.
—Ah! je le savais bien! merci, mon Dieu! Oh! vous qui nous voyez du haut de votre ciel, vous qui êtes venu au monde dans une nuit pareille à celle-ci, tout petit et tout humble, pour nous sauver nous autres, petits et humbles, ayez pitié de nous! Je ne suis qu'une faible femme, qu'une pauvre paysanne bien ignorante; aidez-moi à élever mon fils comme il faut. Par dessus toute chose, gardez son coeur pur, préservez-le du mal en dedans et en dehors; en dedans, surtout. Vous qui pardonniez au larron sur la croix, pardonnez nos péchés, et, si nous ne pouvons pas vous servir en faisant de grandes choses, comme ceux qui sont savants et riches, faites-nous la grâce de nous aider à vous servir en étant honnêtes et en faisant le peu que nous savons faire. Ainsi soit il!
III
L'EMBUSCADE
Quiconque fait le péché est esclave
du péché. Jean, VIII, 34.
Rien ne bouge dans le grand magasin de réserve où les ballots amoncelés s'élèvent très haut. Tout autour, des rayons bourrés de marchandises, sandales, paquets de laine, boîtes de diverses grandeurs cachent les murs; des fouets, des rouleaux de cordes, des licous pour les mules pendent au plafond. Entre deux empilements de caisses, au fond, une grande fenêtre aux vitres dépolies donnant, à hauteur d'homme, sur une cour, laisse filtrer un jour laiteux, blafard.
—Voici le matin, dit une voix étouffée, quelque part, à gauche; dormez-vous, Georges? Il ne tardera pas s'il doit venir.