—Mais au moins, ne t'en va pas avant d'avoir donné les joujoux. Oh! papa, nous ne voulons pas fêter Noël sans toi! dit François. Pense comme nous serons tristes, alors que nous serions si heureux, si tu restais!

—Oui, mais moi je ferais le contraire de ce que je prêche. Vous vous souvenez de ce que je vous disais, il y a un instant à peine, à propos de Noël? Eh bien! que cela me dérange ou non, je dois avoir la «bonne volonté» d'aller répéter à ce vieillard qui va mourir justement ce que les anges annonçaient à la terre il y a deux mille ans bientôt: que Dieu l'aime et qu'il lui pardonne s'il se repent. Il n'y a pas un instant à perdre; songez donc: si, à cause de vos joujoux, j'arrivais trop tard, quel remords!

Les petits ne l'écoutaient pas. Ils pleuraient et s'accrochaient à ses jambes.

—Reste, papa, reste pour la veillée, disait Jean. Tu as promis de raconter des histoires.

—Maman le fera à ma place.

—Elles ne sont pas aussi jolies que les tiennes, les histoires de maman.

—Et le pudding, papa, ajoutait Odet, il ne sera pas bon sans toi!

—Vous le garderez pour demain!

—Tu vas t'égarer... Oh! papa, ne pars pas ce soir, je t'en prie, attends à demain, suppliait Marie.

—Ne crains rien, petite folle, je connais la route. Demain, à dîner, si vous avez été sages, nous mangerons le fameux pudding, et après je vous raconterai des histoires: cela fera que vous en aurez eu deux fois au lieu d'une. Et nous serons beaucoup plus heureux qu'aujourd'hui, parce que j'aurai fait mon devoir, tandis que si je restais ce soir, nous penserions tout le temps au père Lecointre, ce qui ne serait pas drôle. Voilà, je suis prêt. Adieu mes bien-aimés, soyez sans inquiétude; vous, petits, amusez-vous bien avec vos joujoux!