—Ma pauvre Héloïse, comme vous souffrez?

—Moi? a-t-elle dit, en se levant brusquement et reprenant son air fermé. Non. Je n'espère plus rien ni dans ce monde ni dans l'autre; mon coeur est mort. J'avais fauté, Dieu m'a punie: c'est juste, nous sommes quittes. J'ai beaucoup prié autrefois, mais le Seigneur a rejeté ma prière. Il a refusé de m'entendre comme j'avais refusé de l'écouter, et m'a endurci le coeur. Mais, j'ennuie Madame... Je suis toute confuse... Je ne sais comment j'ai eu la hardiesse de lui dire toutes ces choses. Je prie Madame de m'excuser.

—Vous ne m'avez manqué en rien, lui dis-je, et je vous remercie, au contraire, de votre confiance. Ce soir, n'est-ce pas la veille de Noël, la veille de l'anniversaire du jour où Dieu est venu dire aux hommes qu'ils sont frères? Il n'y a, ici, en ce moment, ni maîtresse ni servante, mais seulement deux mères...

—Non, non, dit-elle, je sais ce que je dois à la femme de mon maître. Si j'ai, un instant, oublié son rang et le mien...

—Vous n'avez rien oublié...

Mais elle n'écoutait plus; et, froide, impénétrable, de nouveau se dirigeait vers la porte.

—A quelle heure Madame prendra-t-elle son lait de poule?...

—Je ne sais...

—A dix heures, sera-ce assez tôt?

—Oui, oui...