il semble qu'ici Ménage désobéissait beaucoup à Mlle de Scudéry.
Un auteur que nous avons déjà cité, de Vaumorière, consignait également, dans la dédicace d'une Nouvelle historique, l'éloge chaleureux de la modestie et du mérite de Mlle de Scudéry. Rappelant le fait cité plus haut de la traduction en arabe d'un de ses romans, il ajoutait: «Pardonnez moi, s'il vous plaît, Mademoiselle, cette particularité qui n'est pas de votre goût, et permettez moi d'en dire une autre dont je suis incomparablement plus touché. C'est que vous êtes la plus généreuse, la plus ardente et la plus fidèle Amie qui fut jamais, et que votre cœur est peut-être au-dessus de ce grand esprit que toute la terre admire[ [199].» Ma bonne amie, ainsi l'appelaient naïvement quelques-uns de ses intimes, hommes et femmes[ [200], et elle fut en effet par excellence «une bonne amie», comme elle n'hésitait pas à le dire d'elle-même. Agréée par les plus austères, cette amitié ne s'effarouchait pas de quelques écarts, et, sur cette liste si nombreuse, à côté des Mascaron, des Montausier, des Sévigné, des Motteville, figurent d'autres noms moins irréprochables. L'indulgence de la femme sûre d'elle-même, pour des faiblesses qu'elle ne partageait pas, respire dans son commerce avec certains amis de l'un et de l'autre sexe. Elle écrivait à Bussy-Rabutin: «Votre fille que je vois souvent a autant d'esprit que si elle vous voyoit tous les jours, et est aussi sage que si elle ne vous voyoit jamais.» La galante Mme de la Suze adressait à la sage Daphné (Scudéry) une Élégie, où cette nuance de leurs rapports mutuels est délicatement indiquée:
Illustre et chère amie à qui dans mes malheurs
J'ai toujours découvert mes secrètes douleurs,
Qui sais ce que l'on doit ou désirer ou craindre
Et qui ne blâmes pas ce qu'on ne doit que plaindre,
Écoute-moi....
Ménage écrivait à la date du 21 août 1685:
«Mlle de Scudéry m'a obligé de me réconcilier avec M. Pellisson, et je dînai hier chez lui. Mortalis cum sis, odia ne geras immortalia[ [201].»
«Ennemie de la médisance et des médisans, juste dans ses choix, sûre dans son commerce, sincère, discrète et judicieuse, vraie en tout et toujours égale, elle faisoit souhaiter à tout le monde sa connoissance et son amitié. Incapable de changement comme de foiblesse, ses amis n'étoient jamais plus assurés de son cœur que quand ils étoient malheureux[ [202].»