Moins ancienne, mais non moins glorieuse pour Mlle de Scudéry était l'amitié du grand Leibnitz. Nous en avons des témoignages plus sérieux que les vers adressés au perroquet de Sapho. A propos de la question de l'amour divin, débattue entre Bossuet et Fénelon, le philosophe avait dit: «De toutes les matières de théologie, il n'y en a point dont les dames soient plus en droit de juger, puisqu'il s'agit de la nature de l'amour.... Mais j'en voudrois qui ressemblassent à Mlle de Scudéry qui a si bien éclairci les caractères et les passions dans les romans et dans les conversations de morale[ [214].»
De son côté, l'abbé Nicaise écrivait à Huet, le 9 août 1698: «J'avois fait part à Mlle de Scudéry, qui est des amis de M. Leibnitz, de son sentiment sur l'amour désintéressé, en lui disant qu'il n'étoit contraire ni à M. de Meaux, ni à M. de Cambray, pour me venger un peu de quelques vers de sa façon dont elle m'avoit régalé. Elle me répond qu'elle ne veut point se mêler dans une dispute d'une matière si élevée, et qu'elle se tient en repos en se bornant aux Commandements de Dieu, au Nouveau Testament et au Pater. Car je crois, dit-elle, qu'une prière que Jésus-Christ a composée lui-même ne contient pas un intérêt criminel, quoique Mme Guyon la regarde comme une prière intéressée, ce qui renverseroit les fondements du christianisme[ [215].»
Ces derniers mots nous amènent à la vieillesse de Mlle de Scudéry, aux infirmités qui l'accompagnèrent et aux pensées sérieuses que lui inspirèrent les approches du moment suprême.
A ses amis qui lui promettaient l'immortalité, elle avait répondu:
J'en quitterois ma part pour un siècle de vie,
Ou mieux encore:
J'y renoncerois par tendresse
Si mes amis n'étoient immortels comme moi[ [216].
Ce siècle de vie, elle y toucha presque, et, depuis longtemps, les approches s'en faisaient sentir. Dès 1689, Richelet, dans son Choix des plus belles lettres, p. 295, insérant une épître de Balzac à elle, ajoutait en note: «Plût à Dieu qu'elle pût continuer à travailler et qu'elle fût encore en état de contenter ce qu'il y a de plus fin et de plus délicat dans l'un et dans l'autre sexe! Mais
Non, elle cède aux ans et sa tête chenue