Je crois tout cela. Comment penser que l’on puisse me tromper dans une occurrence pareille !
Après plusieurs heures de voyage, on nous fait descendre à un village. On est en pleine nuit. Nous marchons un quart d’heure par des chemins déserts, nous entrons dans une maison assez vaste, nous montons au premier étage et pénétrons dans un logement d’ouvriers.
Il est pauvre, mais proprement tenu ; une lampe posée sur un meuble, éclaire des portraits de chromos de Guillaume et de François Joseph.
Une vieille femme nous sert à manger les traditionnelles saucisses : bientôt arrive un homme très grand, vêtu en paysan. « Voilà, dit notre conducteur, le camarade qui doit nous faire passer la frontière. »
Je me récrie :
— Eh mais… l’attaché diplomate…
Le conducteur ne sait pas ce que je veux dire.
Je commence à éprouver quelques craintes aux façons graves du guide. Il nous remet à chacun un tout petit morceau de papier sur lequel est écrit un nom qui ne me dit absolument rien. Il nous recommande de rouler ce papier et de le cacher dans la doublure de nos vêtements. Ce voyage qu’on m’avait dit facile m’a tout l’air d’une expédition.
Enfin, ce n’est pas le moment de reculer et récriminer me paraît tout à fait inutile ; là-bas, évidemment, on ignorait complètement ce qui se fait ici. La belle confiance que j’avais à Berlin m’a tout à fait quittée. Mais il n’y a pas autre chose à faire qu’à s’abandonner aux mains de ces hommes.
On me réclame cent marks pour la voiture ; ah, il y a tout de même une voiture.