L’effroi me gagne. A quelle espèce d’hommes nous a-t-on confiés, ils vont devant sans s’occuper de nous, quelle dureté ! La respiration me manque, je pense que je n’arriverai jamais et je me dis aussi que si j’ai le malheur de me faire une entorse, ces gens me laisseront là.
Enfin, on fait halte. Nouveau sifflement qui fait surgir de terre deux nouveaux venus auxquels on nous remet. La frontière est-elle passée ou non, je n’en sais absolument rien.
Le voyage continue à travers les fondrières, bientôt nos conducteurs se jettent à terre en disant : « Soldaten ! » ; nous les imitons. Il fait un vent terrible, heureusement !
Nous restons couchés sans faire un mouvement ; un des conducteurs est parti, en rampant, éclairer la route.
Ai-je peur ? Non, pas précisément, le danger est trop près, je n’ai qu’une idée : en sortir !
L’éclaireur revient, il nous fait signe de le suivre, nous rampons derrière lui, nous arrêtant de temps à autre pour écouter.
Une rivière se présente. Je commence à me déchausser, mais l’un des guides me fait signe de n’en rien faire. Sans mot dire, il me charge sur son dos, me traverse et me jette sur le rivage opposé ; on en fait autant à mes deux compagnons.
Après un nouveau temps de reptation, les conducteurs se lèvent, nous aussi. Sans doute la frontière est passée enfin, et le danger avec elle.
Un des guides me frappe sur l’épaule, du doigt il me montre des lumières dans le lointain et me dit d’un ton presque amical :
« Der zug ! » (le train), puis il ajoute : « Haben sie ein passeport ? » (avez-vous un passeport ?)