Mais le passeport ?

Pas besoin. En disant cela, il tremble de tous ses membres. Je comprends que le moyen est dangereux, car cet homme a l’habitude de passer des camarades illégaux ; s’il a peur, c’est qu’il y a un grand danger.

On diminuerait ce danger en faisant un peu de route à pied vers X… Il y a bien des chances pour que la deuxième station soit moins surveillée que la station frontière.

— Oui, me dit le camarade, mais il y a vingt kilomètres.

— Je les ferai.

— Alors, partons cette nuit.

Nous voilà dans les champs, tous les trois, la petite fille de Mme Defarge vient nous conduire un bout de chemin. Que n’a-t-on adopté plus tôt ce moyen ? J’avais proposé plusieurs fois de faire toute la route la nuit, en trois étapes ; on a toujours refusé.

Je me sens presque en sécurité dans ce sentier au milieu des prairies. Qui sait que je suis là ? qui viendra m’y chercher ? Ah, si j’avais été seule, je serais à X… depuis longtemps.

Au bout de deux kilomètres, on amène les deux Italiens ; nous disons adieu à la petite fille. « Repassez par chez nous au retour et emmenez-moi à Paris », dit-elle.

Je le lui avais promis, mais, au retour, mes dispositions ne seront plus les mêmes. D’ailleurs, qui sait ce que deviendrait cette petite fille, belle comme Mignon, qui marche nu-pieds, mais n’en a pas moins toutes les convoitises. Comme elle s’accrochait à tous mes bibelots de voyageuse, ma bouteille d’eau de Cologne, mon peigne, mes bas en soie artificielle !