Enfin, voilà les papiers. Quels papiers ? Mystère. Tout est mystérieux pour moi depuis que j’ai quitté X… Quand je demande un renseignement, on ne me répond pas autrement que par un regard de dédain qui s’adresse, je crois, à mon sexe.

Nous sommes en règle ; allons, tant mieux, et je finis par croire que j’ai de la chance, car le train part. Encore cinq minutes et nous restions là, jusqu’à quand.

Tout délabré qu’il soit, ce wagon est superbe en comparaison de l’autre. Il est aménagé à la russe ; pas une place de perdue tant dans la troisième dimension que dans les deux autres.

Partout des planches, repliées le jour et qui, relevées la nuit, deviennent des lits, durs à la vérité, mais quand même confortables, car on peut s’étendre. Il y a deux planches dans la hauteur du wagon, ce qui fait avec la banquette, trois lits. Mêmes dispositions dans le couloir ; en somme, neuf personnes peuvent dormir à l’aise dans un compartiment.

Nous sommes dans le rapide, demain nous serons à Moscou ; enfin, voilà six semaines que j’ai quitté Paris.

Une dispute éclate dans le compartiment ; c’est l’Australienne et ses trois flirts : l’ouvrier russe qui l’accompagne depuis l’Australie l’a traitée de personne immorale. Naturellement, elle se fâche ; elle crie, pleure, emplit le wagon de ses récriminations. Les Italiens prennent parti et tous ces révolutionnaires sont tellement absorbés par l’intéressante discussion qu’ils ne voient pas qu’on est à Moscou et qu’il faut descendre.

CHAPITRE II
Mon séjour à Moscou

I

Le commissaire de la mission de X… m’avait annoncé qu’à Moscou je serais logée à l’hôtel Luxe en ma qualité de propagandiste. Un camarade qui faisait partie de notre troupe avait promis de m’y conduire. Mais X… est loin ; le camarade me rit au nez lorsque je lui rappelle sa promesse.

On nous laisse à la gare, les Italiens, une femme qui garde ses nombreuses malles, l’Australienne, les familles émigrantes et moi.