—C'est vrai, mais c'est atroce! Après tout, cher ami, je n'ai pas à me venger. De quoi? de mes entrevues un peu plus rares? Eh! mon Dieu! je devais m'y attendre; mais le cœur est-il prévoyant, surtout à mon âge? Hélas! on croit que tout est durable; on est bien niais, d'accord. Mais on est heureux quelques instants du moins; les premières amours décident de toute notre existence. Si vos jeunes impressions éprouvent des déceptions, toute votre vie n'est plus que méfiance du bonheur. Frappée, on a bien du froid au cœur. On le mérite. Pourquoi est-on assez folle pour aimer ce qu'on ne devrait qu'admirer?

—Ah! Georgina, que tu nous ennuies!

—Je crois bien! Je m'ennuie moi-même. J'ai l'air d'avoir la prétention de philosopher. Ah! que je suis bête, mes chers amis! Je me donne toutes les peines du monde pour être ridicule et faire de l'esprit que je n'ai pas. Laissons aller le temps et parlons cabotinage; c'est plus gai. Cela me va. Florence, vous savez que Mlle Contat préfère Caumont à Grandmesnil dans les financiers.

—Pourquoi cela?

—Caumont a plus de rondeur, plus de franchise; puis Grandmesnil a un organe glapissant qui attaque les nerfs de Contat.

—Pourtant, il est bien parfait dans l'Avare, les Femmes savantes, etc.

—Oui, mais elle le trouve trop savant et il analyse trop. Il veut en savoir plus que l'ignorant Molière, dit-elle, c'est énervant! Beaucoup d'esprit, beaucoup trop. Ce bon Caumont me va mieux.

DEUXIÈME PARTIE

FEUILLES DÉTACHÉES