A Monsieur et Madame Desbordes-Valmore.
Bons et chers amis, voici un amas de billets que je confie à votre amitié et plus encore à votre indulgence.
Je compte sur l'amicale patience de Valmore pour déchiffrer toutes ces niaiseries, que le cœur et l'esprit de Mme D... Valmore peut rendre spirituelles. Hélas! c'est mon espérance, et l'espérance donne la vie.
Le journal que vous trouverez et le détail de ma naissance est assez joli.
Vous me trouverez bien hardie de vous envoyer toutes ces balivernes maintenant.
Je n'ai ni style, ni orthographe (ce que c'est que l'éducation!).
Je vous aime tous les trois et vous embrasse.
Le 11 avril.
Madame Dugazon me prit tellement en affection qu'elle voulait à toute fin m'emmener avec elle; mais mon père ne voulut pas, bien entendu, se séparer de son idole. Molé vint après elle: même proposition, même refus. Monvel me fit jouer le Muet, de l'abbé de l'Épée. Il fit tout pour me faire quitter Amiens. C'était une monomanie d'emmener cette pauvre Mimi. On ne peut fuir sa destinée; il a fallu y céder. Toutes ces tentatives me touchaient peu, tout cela ne m'allait pas. Je voulais jouer les grands rôles d'opéra. Je ne sortais pas de là. Mon ambition allait très haut. Je voulais une belle robe pailletée, comme j'en voyais aux premières chanteuses. Je voulais les grands rôles, parce que j'aimais les coups de théâtre. Ah! que j'aurais voulu jouer Laure dans Barbe-Bleue pour avoir le bonheur d'être traînée par les cheveux en désordre! Quand ma petite mère me voyait, elle me disait: