«Nous étions devant le pavillon dont je t'ai parlé. Gustave III tira de sa poche une petite clé dorée; puis s'étant assuré que nous n'étions pas suivis, il ouvrit la porte de cette mystérieuse retraite, après m'avoir fait signe de l'y suivre.

«L'intérieur du pavillon était tapissé de gramens et de coquillages; une table rustique occupait le milieu; le plafond seul était peint, il représentait Hébé versant le nectar aux Dieux.

«Le roi ne fit asseoir auprès de lui par un geste plein de bonté.

«—Monvel, me dit-il, avec ce son de voix pénétrant qui n'appartient qu'à lui seul, je vais exiger de vous un vrai service…

—Un service, Sire! repris-je un peu étonné.

«—Un service; j'ai compté sur vous. Ai-je eu tort?

«—Ah! Sire, répondis-je, je voudrais payer du reste de mon existence les bontés dont vous me comblez…

«—Voilà une phrase bien respectueuse, et que je vous interdis pour l'avenir, mon cher lecteur.

«Il y eut une seconde de silence.

—«Monvel, reprit le roi avec une mélancolie qui me toucha dans un prince si jeune, vous vivrez plus longtemps que moi, et ce sera pour le mieux…